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Urgent, Centre cherche avenir

La guerre des chefs au sein de l’UMP amorcée avec le retour de Nicolas Sarkozy et l’impopularité croissante de François Hollande pourrait laisser croire qu’un boulevard s’ouvre pour la famille centriste. Mais saura-t-elle s’affranchir de ses démons habituels pour saisir cette opportunité?
Hervé Morin, François Bayrou, Jean-Louis Borloo
Hervé Morin, François Bayrou, Jean-Louis Borloo

Le centrisme politique en France est une histoire semée d’embûches. Celle des velléités d’indépendance, des alliances pas toujours clairvoyantes, des idées récupérées, des désaccords internes, finalement celle d’un constant mouvement de balancier au cœur d’une sphère politique bipolarisée.

Histoire sans fin

C’est l’histoire d’une philosophie certes séduisante sur le papier mais qui n’a finalement jamais permis à ses représentants d’influencer durablement le cours de la vie politique française. Les centristes seraient-ils destinés au rôle d'éternels supplétifs, de ministres occasionnels, de réservoirs de vote ?
Outre l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 dans un contexte singulier, les formations centristes n’ont jamais remporté de grands scrutins électoraux. Depuis les 18,5 % de Bayrou au premier tour de la présidentielle de 2007, les scores se sont effondrés. L’alliance entre UDI et MoDem, conclue à l’automne dernier, devait donner un nouveau souffle au centre agonisant. Elle n’a visiblement pas convaincu puisque aux européennes l’Alternative n’a obtenu que 10% des voix. Au-delà, un récent sondage Odaxa pour Le Parisien / Aujourd’hui en France, CQFD et i-Télé, publié en octobre indiquait que 71% des personnes interrogées jugent le centre utile à la vie politique française. Néanmoins, ils sont 79% à penser qu’il ne pèse pas un poids important.
La messe est dite : le centre ne séduit toujours pas, en tout cas pas assez pour incarner une alternative sérieuse au pouvoir. On a le sentiment que l’histoire est vouée à se répéter, marquée de problématiques vivaces et immuables, dont les centristes ont bien du mal à se dépêtrer.

Un discours peu audible

Premier élément d’explication, les idées centristes ne sont pas véritablement attrayantes dans notre paysage politique clivé. La maxime fondamentale du centre consiste à concilier les intérêts divergents de la société, soit la recherche du compromis pour atteindre le juste équilibre. L’idée est louable en soi mais il faut l’avouer ingrate et peu enthousiasmante. De plus, elle n’offre pas de positions lisibles sur les sujets de société : « il faudra mettre tout le monde autour de la table », « nous devrons réunir toutes les forces en présence », etc.. D’accord, mais pour ou contre, noir ou blanc, lard ou cochon?

Les centristes et Bayrou au premier chef se targuent de représenter une opposition constructive à la politique menée par le gouvernement mais celle-ci ne se traduit pas dans les faits par des prises de position concrètes. Il est urgent pour la voix du milieu de cesser d’esquiver les sujets délicats et de clarifier sa posture. On le sait, les Français, avides de polémique, ne raffolent pas des nuances de gris.

Par ailleurs, la ligne pro-européenne, désireuse de justice sociale autour d’un Etat Providence (économe), défendant une démocratie locale à l’écoute de la société civile n’est pas le seul apanage du centre. Les deux mastodontes UMP et PS grignotent. La droite est aujourd’hui moins gaulliste, la gauche moins socialiste. Ainsi quand Ségolène Royal se proclame fer de lance de la démocratie participative en 2007 ou plus récemment lorsque François Hollande opère son virage social-démocrate, le PS vient émigrer sur les terres centristes. En bref, l’identité idéologique centriste tend à se fondre dans le décor.
Enfin, les centristes auraient l’occasion d’incarner l’exception aux « tous pourris »,avec une droite embringuée dans de nombreuses affaires et une gauche qui a trahi toutes ses promesses. Pourtant ils ne saisissent pas la balle au bond. La guerre des chapelles centristes médiatisée par l’entremise des élections internes de l’UDI est loin de renforcer l’image d’un parti différent porteur de renouveau.

Le mille-feuille centriste

On ne peut pas parler d’un centre mais bien de centres. On observe depuis le déclin de l’UDF, une dispersion des formations centristes. Le delta entre l’UDI et le MoDem en est une illustration. La guerre des chefs au sein même de l’UDI en est une autre.
Le cœur des UDIstes penche clairement à droite. On peut l’expliquer par la proximité idéologique de l’UDI avec son grand frère UMP et son positionnement de centre droit ; mais aussi par pur pragmatisme. L’UDI a des élus quand Bayrou à des électeurs. La nuance n’est pas mince.
Pour le MoDem, la question est beaucoup moins tranchée, son cœur balance et poursuit surtout une quête d’indépendance. Ses idées sont plus proches de la gauche mais ses soutiens efficaces se trouvent à droite. Actuellement, la gauche n’a rien à offrir aux élus centristes. Elle n’est pas en mesure de renvoyer l’ascenseur. Les socialistes ne peuvent prendre le risque de se priver de l’électorat d’extrême gauche ou des écologistes pour draguer un centre dont les électeurs ne seraient pas acquis.

La chimère de l’indépendance face au jeu des alliances

Ils y croient, ils le répètent, ils le serinent : le centre doit demeurer un mouvement  indépendant. Bayrou crie haut et fort au nom du MoDem qu’il fait figure de non-aligné (au point d’ailleurs de se marginaliser). Les candidats à la présidence de l’UDI affirment n’être pas à vendre. Sur ce point, qu’importe leur famille d’appartenance, ils tiennent un discours commun : conserver leur indépendance en dehors des échéances électorales. 
Mais en dehors de ces postures de façade, on voit que cette famille recomposée ne résiste pas vraiment aux influences extérieures. Alors que nous ne sommes qu’à deux ans des futures élections présidentielles, les représentants du centre s’expriment déjà quant au changement de présidence au sein de l’UMP. Bayrou a affirmé son soutien à Alain Juppé alors que les successeurs de Jean-Louis Borloo auraient tendance à se rapprocher en catimini de Nicolas Sarkozy.

A leur décharge, si les centristes ne résistent pas, c’est que nos institutions ne leurs laissent pas vraiment d’autre choix. De Gaulle a construit une Ve République fortement clivée et laissant apparaître des majorités claires. Le principe du scrutin majoritaire à deux tours incite à la construction de blocs droite gauche et s’avère fortement défavorable pour un parti qui veut s’inscrire au milieu et dont les voix ne sont pas majoritaires. La mise en place d’alliances dans ce système bipolarisé est donc essentielle.

Le seul moyen d’exercer une quelconque influence est donc de s’encanailler avec l’un ou l’autre bloc précité. Sauf que cela implique de conserver un tant soit peu de mystère pour pouvoir peser réellement dans la balance le moment venu. Pour ne pas demeurer un réservoir de voix, « une décoration dans la majorité » comme le dit Hervé Morin et être en mesure d’infléchir le contenu du programme. D’autre part, cela implique d’être en accord sur le parti politique à suivre !


L’avenir des centristes semble bien plus morose que rose.  Il semble donc qu’il faille du courage pour être centriste aujourd’hui ou du moins apprécier la solitude. Porter des idées nuancées de compromis dans un pays qui aime les clivages, ne pouvoir se fier à la fidélité de son électorat, savoir que la couleur de sa cravate sera interprétée, se plier au sacrifice des alliances sans toujours y trouver un retour d'ascenseur, le tout sans espoir réel d’accession au pouvoir.drait trouver la clé pour briser la sempiternelle mécanique à l’œuvre et pourquoi pas déjà assumer leurs idées, faire bloc, ne pas rechuter dans une quête d’alliances à tout prix. Ou alors, prier pour l’avènement de nouvelles institutions !

D’ici là au moins, ils jouent un rôle apprécié en démocratie, en nous offrant un moment de respiration, un divertissement, de l’agitation, un peu de suspens avant chaque élection...

Auteur : JBR | 27/10/2014 | 2 commentaires
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Vos commentaires

#1 - Le 28 octobre 2014 à 19h26 par Jean-louis Garnier
Il vaut mieux un centre sans influence que des gouvernements sous la menace e partis charnières
#2 - Le 23 novembre 2014 à 19h46 par Pierre, Nantes
@JL Garnier qui sort si facilement de ses gonds, sachez que les partis charnières feront prendre la porte à l'UMP pour le plus grand bien de la France

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