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Université en berne : recul historique du nombre d'étudiants issus de la classe ouvrière

Hier 27 septembre, pour la première fois, le secteur de l’enseignement privé a rejoint l’enseignement public pour une mobilisation nationale particulière. L’union nationale des étudiants de France (UNEF) a relayé ses revendications en faveur de la démocratisation de l’enseignement supérieur et s’est associée également à l’appel du collectif « une école – votre avenir » dont elle est partie prenante. Media-Web a rencontré Valentin Bourgeois Président de l'UNEF Loire-Atlantique.
Valentin Bourgeois
Valentin Bourgeois

Depuis quatre ans, la politique publique en faveur du non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux dans l’Éducation Nationale fait des émules. Cette année, 16 000 postes supprimés s’ajoutent aux 52 000 déjà disparus. Et pourtant, le nombre d’élèves augmente ! Parallèlement, l’enseignement supérieur vit une de ses pires années, une année noire où les inégalités se creusent. Convaincue que les mauvaises conditions d’encadrement dans le primaire et le secondaire accentueront la difficulté pour tous les publics d’accéder à l’université, l’UNEF, le syndicat principal étudiant, milite pour une révolution pédagogique.
Media-Web a rencontré Valentin Bourgeois, Président de l’UNEF Pays de Loire, pour faire le point sur les réponses à apporter aux besoins des étudiants.
Focus Pays de Loire
Pour l’année 2011/2012, le ministère de l’éducation a reconnu environ 100 000 étudiants en Pays de Loire dont 3 000 à Saint-Nazaire. La rentrée universitaire cependant laisse un goût amer avec la fermeture de la filière AES (Administration Économique et Sociale) à Saint-Nazaire et qui n’existe plus à Nantes.
Sur 100 000 étudiants en Pays de Loire, près de 30 % sont boursiers.

Le dixième mois
Depuis 2009, l’UNEF se bat pour faire valoir le dixième mois de bourses nécessaire aux étudiants. Les promesses faites à l’époque par Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy ont répondu en 2011 au syndicat majoritaire étudiant de France.
Depuis la rentrée 2011, les étudiants peuvent bénéficier d’un mois de bourses supplémentaires qui s’aligne sur les mois de cours universitaires. Un budget de 160 M€ supplémentaires pour l’État.
« Le succès est depuis longtemps attendu » comme le souligne Valentin Bourgeois puisque la situation des étudiants empire d’année en année où l’inflation de 2,1 % fait augmenter le coût de la vie étudiante de 4,1 %. Les bourses depuis des décennies ne s’avèrent pas suffisantes pour aider les jeunes les plus démunis. Les frais obligatoires augmentent chaque année ainsi que tous les frais annexes c’est pourquoi aujourd’hui la moitié des étudiants se salarient pour assurer leurs études. Une situation qui à coup sûr se répercute sur la réussite de leur projet. Au-delà de trouver un logement, il est difficile d’assurer le paiement du loyer, les charges de transports, les mutuelles de santé qui augmentent taxées à hauteur de 7 % Un problème qui se pose pour l’intégralité des étudiants boursiers ou non.
Les 11 % de bourses en plus en cette rentrée devraient permettre à juste titre d’assurer leurs frais. Aujourd’hui, l’UNEF demande une revalorisation des aides au logement de 20 %. En effet, la rénovation des bâtiments du Crous est répercutée sur les étudiants alors que les coûts d’investissement ne devraient pas être à leur charge. Par exemple, pour ne parler que de la région Pays de Loire, le prix d’une chambre de 9 m2 en cité universitaire, non rénovée, s’élève à 150 € par mois. On compte dans la chambre un lit, un lavabo, une kitchenette et un accès WiFi qui coûte un euro par mois. C’est le cas par exemple de la Cité des Bourgeonnières à Nantes. De l’autre côté, le prix d’une chambre identique dans une cité universitaire rénovée est de 230 € par mois. Déjà 75 % du parc ligérien est rénové, les chambres à 150 € disparaîtront elle lorsqu’il le sera à 100 % ?
Si en 2010 on comptait 962 boursiers en Pays de Loire, cette année le nombre est estimé à 1 000 boursiers puisque la population d’étudiants augmente.

Vers un seul restaurant universitaire à Saint-Nazaire ?
Un problème se pose cependant pour l’université de Nantes : c’est la fermeture des sites comme celui de Saint-Nazaire. Le manque d’effectifs aujourd’hui se fait sentir sur la gestion des restaurants universitaires. Le restaurant universitaire de Gavy par exemple est un sujet polémique. Son déficit atteint 200 000 € pour le CROUS de Nantes déficitaire déjà à hauteur de 250 000 €. Un coût que l’Université trouve faramineux. Elle envisage donc d’ici quelques années de fermer le bâtiment. L'UNEF est en désaccord. Le syndicat se bat pour trouver des solutions de rallonges budgétaires auprès des institutions nationales. Pour elle, maintenir le seul restaurant universitaire d’Heinlex alors qu’il n’est pas accessible par les transports en commun, n'est pas envisageable, ajoute Valentin. À la question pourquoi l’université ne se servirait-elle pas des entreprises, un peu comme le modèle à l’anglo-saxonne ? L’UNEF ne considère pas l’alternative de se rapprocher du bassin industriel, en terme de financement. Car la bataille se situe sur la pluridisciplinarité de l’université et non la spécialisation.

Une lutte compliquée : 10 ans que les idées progressistes mûrissent en silence
Valentin Bourgeois rappelle que la démocratisation dans l’enseignement supérieur a pris un sérieux coup de massue cette année. En effet, c’est la première fois depuis des décennies que le taux d’étudiants issus de familles ouvrières recule en cette rentrée 2011 ! Cela signifie qu’il y a moins de 16 % de représentativité ouvrière cette année. 16 % étant le chiffre de l’étude menée en 2010. (cf. Enquête « Conditions de Vie 2010 » disponible sur http://www.ove-national.education.fr/enquete/2010). Une situation qu’il considère comme « la reproduction sociale de la politique du gouvernement ».
Soutenant l’idée que pour être un pays compétitif il faut investir dans la jeunesse, l’UNEF se bat aujourd’hui sur plusieurs axes de travail. La principale est l’installation de « l’allocation d’autonomie ». Une mesure qui coûterait à l’État 15 M€ par an ce qui correspond à l’ensemble du paquet fiscal sans les niches (environ 50 M€ de niches peu utiles). En redistribuant les 7 M€ d’aides données à l’heure actuelle, la mesure n’en coûterait que 8 M€ à l’État. Valentin rappelle que « c’est une moindre chose que de faire participer les plus riches à l’effort. Par ailleurs, c’est une mesure portée par les principaux partis de gauche, du NPA au PS ».
La deuxième idée est de se battre pour une révolution pédagogique. Voilà plus de 10 ans que l’UNEF cherche « l'introuvable réponse » au taux d'échec massif des premières années. Valentin nous fait remarquer qu’aujourd’hui « on pousse les étudiants dans le grand bain sans qu’ils sachent nager ». Militant pour une pluridisciplinarité en licence, l’UNEF estime qu’il faut des moyens pour lutter contre l’échec universitaire. Aujourd’hui, 50 % des étudiants échouent en licence 1 et on compte 60 % d’échec sur les trois années de licence. Parmi les propositions du syndicat, on retrouve : la mise en avant du travail d’équipe, l’évaluation des unités d’enseignements, la valorisation pédagogique à travers les travaux dirigés et la suppression des cours en amphithéâtre à 500 ou 1 000 étudiants pour les premières années. Pour cela, Valentin Bourgeois ne manque pas de parler des classes préparatoires lettres ou de l’IUT où le taux de réussite est beaucoup plus important.
Reste à savoir si les prochains gouvernements écouteront les conseils de terrain…
 

Auteur : SD | 29/09/2011 | 0 commentaire
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