www.media-web.fr

Municipales à Paris : La chasse au vote bobo

La gauche ne veut sous aucun prétexte perdre Paris que la droite veut absolument gagner contre les évidences sociologiques et le bilan globalement positif du maire sortant, Bertrand Delanoë. Le « grand prix de Paris » se jouera donc entre deux femmes de qualité et nul ne s’en plaindra sauf les machos.

Anne Hidalgo, toque brune, casaque rose et verte

Anne Hidalgo
Anne Hidalgo

Selon les derniers sondages, la candidate UMP Nathalie Kosciusko-Morizet devancerait d’un point sa concurrente PS Anne Hidalgo au premier tour, mais serait battue de trois points (48,5% contre 51,5%) au second. Le Front national (Wallerand de Saint-Just) obtiendrait 8% des voix, les écologistes d’EELV (Christophe Najdovski) 7 %, et le Front de gauche (Danielle Simonnet) 5%. Les thèmes favoris à Paris étant la sécurité, la fiscalité, les rythmes scolaires et les problèmes de logement, le débat se fera moins sur le fond que sur la forme et sur l’image des candidates.

Pour Anne Hidalgo, la cinquantaine tranquille, la campagne électorale ressemble à une promenade en famille. Sûre d’elle, de son expérience de première adjointe depuis 2001 et du soutien sans faille de son camp, elle arpente avec Bertrand Delanoë les rues de la capitale comme en terrain conquis et sécurisé. Ancienne inspectrice du Travail et titulaire des diplômes qui vont avec (MBA et DEA), on lui reproche d’avoir pris sa retraite à 52 ans – ce qui est légal dans la fonction publique – de cumuler des mandats – ce qui l’est également – , d’avoir eu une aventure amoureuse avec François Hollande – ce qu’elle a toujours démenti – et d’avoir fait son chemin avec une redoutable efficacité, ce qu’elle assume avec le sourire. Si elle se dit à l’occasion « choquée » du « mépris » que lui vouerait l’opposition, signe à ses yeux d’une « caste qui s’estime propriétaire de tout », elle passe pour être davantage à l’écoute des Parisiens que sa rivale et  suspecte celle-ci de vouloir préparer une « restauration » ; elle n’en demeure pas moins sereine, sachant qu’elle pourra toujours s’appuyer sur l’extrême gauche sans perdre de voix, alors que NKM, elle, risquerait gros à faire campagne sur des idées compatibles avec celles du FN. Lionel Jospin, une valeur médiatique sûre, s’est rendu rue Visconti pour la soutenir. « Je le dis souvent, je le répète puisque tu es là : tu es la personne qui m'a donné envie de m’engager au PS en 1994 ! » lui a-t-elle dit et d’ajouter : « J’ai eu la joie de servir dans un cabinet ministériel alors que tu étais Premier ministre, et j’ai énormément appris, y compris dans ta méthode de gouverner. » La méthode de gouverner ? « Je ne veux pas m’immiscer dans la campagne. » a-t-il conclu en lançant à Rémy Féraud, tête de liste dans le Xe arrondissement et héros malheureux du fiasco des salles de shoot : « Vous n’allez tout de même pas faire de moi un directeur de campagne à mon âge ! » Il paraphrasait sans doute le mot du général De Gaulle qui se défendait de vouloir « à son âge » commencer une carrière de dictateur...

NKM toque rousse, casaque bleu-horizon

La tâche a été autrement rude pour NKM qui a dû remporter des primaires ouvertes mais houleuses, affronter une conjuration d’égoïsmes et de conservatismes, éliminer de ses listes les candidats compromis dans le clientélisme et même subir à cette occasion un camouflet sévère de Bernadette Chirac que les mauvaises langues appellent « la dame aux pièces jaunes ». Il lui a bien fallu également se colleter nombre de dissidents dont le golden boy Charles Beigbeder qui a piqué une grosse colère pour n’avoir pas obtenu ce qu’il voulait et que Jean-François Coppé finira peut-être par suspendre de l’UMP en espérant que ça lui calme l’ego. Ce sera pour mercredi.
Conseillère régionale d’Île-de-France, députée et maire de Longjumeau, ancienne secrétaire d’État chargée de l’Écologie, ex ministre du Développement durable, des Transports et du Logement, ex  porte-parole de Nicolas Sarkozy, NKM est née dans le XVe arrondissement de Paris. Fille de maire et de conseiller général, petite fille d’un ambassadeur qui fut également maire de Saint-Nom-la-Bretèche, arrière petite fille d’un des membres fondateurs du PCF, sœur d’un entrepreneur de vente en ligne célèbre, elle est également mère de deux enfants d’un mari énarque et ancien maire socialiste devenu  consultant en stratégie : la polytechnicienne NKM fait peur et dérange les petits barons de la droite comme de la gauche parisiennes – et pas forcément les plus vertueux –  qui ont tendance à se comporter en propriétaires du siège qu’ils n’occupent pourtant qu’à titre provisoire. Tête de liste dans le XIVe arrondissement, la candidate sans slogan homologué a présenté ses vœux aux habitants, entourée de Marielle de Sarnez (MoDem) et de Jacques Toubon. C’était à l’Entrepôt, rue Francis de Pressensé, dans l’ancien cinéma de Frédéric Mitterrand. Là, elle s’en est pris à Pascal Cherki (PS sortant), qu’elle a accusé « ne pas avoir tenu ses engagements pris en 2008 » et s’engageant à les tenir à sa place, en particulier le réaménagement de l’avenue du Général Leclerc qui coupe brutalement en deux l’arrondissement, de la porte d’Orléans à Denfert Rochereau. On peut rencontrer NKM chez Aziz, à la station Plaisance, prenant le café au comptoir ou bavardant avec les usagers qui la reconnaissent et s’étonnent de la voir monter  dans le métro à Gaieté sans escorte. La « bourgeoise » que l’on raille n’est pas celle que l’on imagine et encore moins celle qu’elle laisse à penser, peut-être à tort.

NKM parle à tout le monde spontanément
NKM parle à tout le monde spontanément

Les bobos souverains

Ils ont entre 30 et 60 ans, des revenus confortables (en moyenne 12 000 € par foyer et par mois) et vivent dans les microvillages des anciens arrondissements populaires de l’est parisien qu’ils ont pu racheter pour pas cher aux artisans en retraite : le canal Saint-Martin, les Abbesses, le Haut marais, la Butte aux cailles, les Batignolles, le square du Temple ou les vieilles imprimeries de la rue Daguerre. Leurs cafés ne s’appellent plus le Flore ou Les Deux Magots mais Chez Prune ou Le Progrès. Ils font leurs courses sur internet mais aussi chez les MOF, flânent dans les galeries d’art « trendy » et les boulangeries « arty » (Du pain et des idées, considéré comme la meilleure boulangerie de Paris), un cabas à poireaux sous le bras et un sac Channel à l’épaule. Ils travaillent dans la « com », les media ou le « e-buisness », prennent soin de leur corps en semaine dans des clubs de gym, font du jogging le week-end et du trekking pendant les vacances où ils profitent des clairs de lune pour relire Marx comme leur parents relisaient Proust qu’ils n’avaient jamais lu. Ils se nourrissent « bio », délaissent le riz pour le quinoa, confectionnent des salades de graines, collectionnent les thés rares et les épices couteuses, trient leurs ordures et roulent en 4 x 4, scooter ou vélib. Ils regardent Canal +, écoutent Radio Nova et s’ils ne vont plus à la messe depuis longtemps, ils n’en ont pas moins des angoisses métaphysiques qui les amènent à arpenter le marché de la spiritualité en se laissant tenter par le bouddhisme zen ou quantique... Sensibles aux problèmes liés à l’environnement, hostiles aux sectarismes, ils sont matérialistes, individualistes et libertaro-romantiques. Ce sont des adeptes de la pensée unique fleur bleue ainsi que du droit-de-l’hommisme tous azimuts. Pour être heureux, disait Gustave Flaubert, « Il faut être bête, égoïste et en bonne santé ». Auraient-ils trouvé la recette du bonheur ?
On les appelle les « bobos ». Ils représentent le renouveau du conformisme bourgeois qui a réussi la fusion entre l’artiste et le philistin. Pas une classe mais un mode de vie où l’on a abandonné avec légèreté le dogme du devoir pour les « élans du désir » comme le note Alain Finkelkraut, et conjugué l’âge adulte avec l’éternelle adolescence. C’est à cette nouvelle gauche sociale et libérale-urbaine à laquelle, entre deux hommages au cinéma d’acteur, semblait s’adresser en priorité François Hollande lors de ses vœux. Ce sont eux qu’Anne Hidalgo caresse dans le sens du poil et ce sont les mêmes que tente de séduire NKM. Bon courage à toutes les deux ainsi qu’un bon rétablissement à Valérie Trierweiler...

Auteur : C.M. | 13/01/2014 | 0 commentaire
Article précédent : « Affaires Sarkozy : Les mystérieux silences médiatiques »
Article suivant : « 20 millions d'étrennes et des voeux pieux »

Laisser un commentaire

*

*

*

*

Les champs marqués d'une étoile sont obligatoires

Media Web Régie par : Agence de presse et marketing Images & Idées images-et-idees@mail.ch CH 1847 Rennaz
www.media-web.fr  |   Nous contacter