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Mélenchon donne la leçon dans un Zénith de Nantes surchauffé

C’est une salle du Zénith de Nantes remplie par 6000 militants et sympathisants du Front de Gauche qui a accueilli dans une incroyable ferveur, Jean-Luc Mélenchon, pour son premier meeting de l’année. À 99 jours du scrutin, le président du Parti de Gauche affiche sans complexe ses différences et ses solutions, donnant tout à tour leçons d’histoire et d’économie. Un véritable « one man show » sur scène, et un nouveau mot d’ordre pour la classe ouvrière : « Prenez le pouvoir ! »
Jean-Luc Mélenchon sur la scène du Zénith.
Jean-Luc Mélenchon sur la scène du Zénith.

Il en espérait 4000, ils vinrent 6000 ! Plus qu’un meeting, c’est une véritable journée militante et de travail que le Front de Gauche proposait samedi soir à Nantes. Venus de tous les départements du grand Ouest, du Finistère aux Deux-Sèvres, ils étaient déjà plus d’un millier réunis autour des tables pour participer à des ateliers citoyens et d'argumentaires. L’objectif : débattre sur les grandes problématiques de la campagne présidentielle, identifier les sujets qui posent des difficultés aux militants sur le terrain, apporter des réponses simples et argumentées, avec des messages faciles à faire passer. Tout cela participe de la volonté du Front de Gauche d’aller au-delà de simplement convaincre l’électeur de glisser le nom de Jean-Luc Mélenchon dans l’urne. « C’est de l’éducation populaire et citoyenne, nous ne voulons plus que les gens soient des moutons, car c’est comme ça qu’ils ont été tondus ! », explique l’un des animateurs de ces ateliers.
Crédité d’environ 8% des intentions de votes, le Front de Gauche n’a certainement pas encore réussi à convaincre son potentiel maximum d’électeurs. C’est donc que ça coince quelque part, que le message a encore du mal à passer. Mais les militants sont unanimes : depuis jeudi soir avec l’émission « Des paroles et des actes » (France 2) consacrée à Jean-Luc Mélenchon, ils sont confiants. De là à rêver du Grand soir… Trois thèmes sur lesquels les militants et les candidats aux élections législatives peuvent se heurter ont été travaillés : l’intérêt du vote utile, la question de la dette, la montée du Front National. Jean-Luc Mélenchon dont le programme est établi depuis longtemps, certain que les derniers événements lui donnent raison, s’est montré très clair : « Il n’y a pas de questions que vous vous posiez, sans que nous ayons les réponses ! ».

Le seul candidat socialiste

Un Zénith chauffé au fer rouge.
Un Zénith chauffé au fer rouge.

Où Jean-Luc Mélenchon peut-il gagner des voix ? Chez les abstentionnistes bien entendu, majoritaires chez les ouvriers. Chez ceux qui se disent prêts à voter Marine Le Pen, dont une bonne partie sont des déçus de la Gauche. Aussi, le candidat du Front de Gauche ne le cache pas, il fera tout pour convaincre les électeurs de François Hollande de rejoindre le camp de « la vraie Gauche ». Et l’homme n’y va pas de main morte : « Je suis le seul candidat socialiste car je suis le seul à n’avoir pas renié les valeurs du socialisme ».
Alors que s’opèrent de discrets rapprochements avec François Bayrou, « qui n’est pas du Centre mais bien de Droite, celui qui vous promet une austérité encore plus dure que Sarkozy ! », le message fait mouche chez les socialistes présents au Zénith. On trouve là ceux qui ont voté pour Arnaud Montebourg lors des primaires, et ceux qui ont du mal à se reconnaître dans le leader du Parti Socialiste. Et Jean-Luc Mélenchon de rappeler la Rue de Solférino aux réalités politiques : « Il n’y a pas un seul élu socialiste qui ne le soit sans les voix du Parti Communiste ! François Hollande doit faire preuve de courage, et revenir dans le camp de la Gauche ».
L’ancien fidèle de François Mitterrand, ministre de l’apprentissage sous le gouvernement Jospin, explique que ses anciens camarades ont toute leur place dans le Front de Gauche. Il n’esquive d’ailleurs pas qu’au sein de cette union de plusieurs forces de Gauche, issue du front commun pour le « non » à la constitution européenne, il existe des différences de points de vue. C’est le cas notamment pour la question du nucléaire. Le Parti de Gauche est favorable à l’arrêt, le Parti Communiste ne l’est pas. « On dit que nous n’avons pas de position claire comme Les Verts, mais moi je ne vois pas où est le problème. Demandons au peuple de trancher par référendum ! »

La dette pour les nuls

À n’en pas douter, le Front de Gauche a une position singulière sur la dette. Sur les 1680 milliards d’euros de dette, il considère qu’une partie (500 milliards environ) est une dette saine et juste, et que le reste est une dette « sale » due aux banquiers et financiers. Jean-Luc demande un audit de la dette : « On rembourse ce que l’on doit vraiment, on ne rembourse pas l’argent sale ». La solution est radicale : « Comme la constitution en donne le droit, j’opérerai un emprunt forcé auprès des banques, à un taux de 1% tel que le pratique la Banque Centrale Européenne. Depuis que le système bancaire finance le déficit budgétaire, après 1973, les banques se sont empiffrées de 1200 milliards d’euros. La BCE doit prêter directement aux États ! »
Jean-Luc Mélenchon se mue en professeur d’économie, un exercice de vulgarisation et d’explication où cet intellectuel est très à l’aise. « La dette, ce n’est pas grave ! Lorsqu’on nous dit qu’elle s’élève à 80% du PIB, c’est faux ! Tous des menteurs ! La durée moyenne des emprunts en France est de 7 ans. La dette est de 1 700 milliards. La France a un PIB de plus de 14 400 milliards par an. Le ratio est simple à calculer : la France est endettée à hauteur de 12%, ce qui est peu, et qui n’est le cas d’aucun ménage. Si vous faites un crédit sur 20 ans pour acheter une maison, comment peut-on comme cela vous dire que vous devez le rembourser en un an ? Imaginez le taux d’endettement que ça ferait ! Non, Sarkozy, les banquiers et les financiers vous mentent, ils cherchent à vous faire peur, et leur message est bien relayé ». Il ajoute : « Avec la perte du triple A, les marchés se foutent de vous, ils veulent encore plus vous saigner. Bons à rien qu’ils sont ! Par contre, c’est sûr, les emprunts vont coûter plus cher, c’est un jour de honte pour Sarkozy».
Avec verve, il poursuit sur les 35 heures et la retraite à 60 ans : « Ils vont vous insulter, vous dire que vous ne foutez rien avec les 35 heures, que vous êtes des fainéants en demandant le retour de la retraite à 60 ans. Ils argumentent en disant que l’on vit plus longtemps. Ils n’ont rien compris : si l’on vit plus longtemps, c’est justement parce qu’on travaille moins longtemps ! ». Une thèse appuyée par le fait que l’espérance de vie diminue dans plusieurs pays d’Europe dont… L’Allemagne. Il pique encore : « Si depuis des années, les économistes avaient raison, alors vous ne seriez pas dans une telle mouise… Bons à rien ! ». François Fillon n’est pas épargné : « Un économiste de cimetière, car avec lui, y’a que les morts qui sont bien, ils n’ont plus besoin de rien ». Devant une foule pliée de rire, il cite ses « Quatre Dalton de l’austérité » en décrivant : « Chez les Dalton, comme vous le savez, c’est le plus petit le plus méchant, et le plus grand, le plus bête ».
 

La cible Marine Le Pen

Les cibles à « dégager » selon Mélenchon.
Les cibles à « dégager » selon Mélenchon.

À ceux qui ne voient pas bien la différence entre le Front de Gauche et le Front National, Jean-Luc Mélenchon a fait une démonstration bien sentie. D’abord, Marine Le Pen a annoncé qu’elle rembourserait l’intégralité de la dette. Pour le FG, l’augmentation promise de 200 euros des salaires inférieurs à 1500 euros est une arnaque. « Ne mordez pas à ça ! », lance Mélenchon comme pour rassurer les ouvriers. Car, il fulmine que le FN soit présenté comme le premier parti ouvrier de France. « C’est faux ! Certes, quelques-uns se laissent tenter. Il faut les convaincre de revenir vers nous, de ne pas faire cette folie. Et il y a toujours quelques abrutis, comme ceux qui en 1981 lorsque l’on disait que l’on allait faire la retraite à 60 ans, nous disaient que c’était bien, mais qui n’auraient jamais voté pour le programme commun tellement ils étaient anticommunistes ! Vous le voyez, il y a toujours des abrutis… »
Sur ce point, c’est peut-être cette sympathisante la plus clairvoyante au cours de la discussion qui a suivi le meeting : « Au lieu de vous demander pourquoi les ouvriers votent FN, pourquoi ne vous posez-vous pas la question de savoir pourquoi ils ne votent pas pour vous ? ». Jean-Luc Mélenchon de répondre sur la scène : « Qui est dans cette salle ? Ce sont les ouvriers ! »
Force est de constater néanmoins dans le discours de Jean-Luc Mélenchon et du Front de Gauche, quelques éléments de langage qui font écho aux plaintes du Front National depuis bien longtemps : le système médiatique corrompu, des journalistes à la solde de Sarkozy ou de grands financiers. Tout en regrettant un manque d’exposition dans les journaux et à la télé, des sondages truqués. On peut y noter quelques « outrances », voire même quelques noms d’oiseaux à l’endroit d’hommes et femmes politiques, quelques formules dont on a peine à croire qu’elles seront prononcées par le futur président de la République. Mais c’est Jean-Luc Mélenchon, avec ses excès, un talent d’orateur et un charisme incontestables. En tout cas, au Zénith, ce fut un succès total.


 

Auteur : YD | 17/01/2012 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 18 janvier 2012 à 17h43 par ert
Clown, show business; pire que Sarko!

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