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Les Roms à la une

Il ne se passe pas de semaine sans qu'on parle des Roms, un campement démantelé, une déclaration politique, des débats télévisés. Pourquoi tant de bruit, en ce moment, sur un sujet qui est tout sauf nouveau ?

Implantés en Europe depuis le XIVe siècle, les Roms forment aujourd’hui la plus importante minorité ethnique. En France, selon les sources*, ils seraient entre 20 000 (chiffre officiel) et 1 200 000. En voix off, on estime généralement leur nombre entre 350 000 et 400 000 individus répartis en plusieurs centaines de camps éphémères ou durables, dont à Paris, ceux de La Courneuve et d’Aubervilliers sont les plus importants.

Une vieille histoire

Depuis Louis XIV qui les envoyait aux galères, jusqu’à l’Espagne qui a tenté de les intégrer de force au siècle des Lumières, en passant par les Pays-Bas qui les ont massivement expulsés au milieu du XIXe siècle, les Roms semblent poser bien des problèmes aux peuples sédentaires. Même Edith Cresson, ex Premier ministre du gouvernement Mitterrand 1, se plaignait, la semaine dernière*, de ce que sa maison de Saint-Sylvain-d’Anjou servait de dépotoir : « Ils ont des toilettes chimiques et ils viennent faire ça chez nous ! » Autrefois, on les accusait de piller les étangs, de vider les poulaillers et de duper bourgeois et paysans en leur disant la bonne aventure ; aujourd’hui, on leur reproche de pratiquer la mendicité agressive, le vol en bande organisée, la prostitution des enfants, le trafic de métaux etc.. Les témoignages abondent tel le procès retentissant du clan Hamidovic convaincu, grâce à ses escadrilles de jeunes voleuses, de mettre le métro parisien en coupe réglée et de semer la panique parmi les touristes japonais et américains en visite au Louvre.
 

Bonnes consciences et tartarinades

Du côté de la gauche des éternelles bonnes consciences, on nie qu’il y ait d’autre problème que celui de la pauvreté laquelle est, comme chacun sait, mère de tous les vices. On brame au « franchissement de la ligne rouge », au racisme, à la rupture « du pacte républicain » en oubliant qu’un maire PCF, il y a quelques années de cela, les expulsait de sa commune à coups de bulldozer. Autres temps, autres mœurs. A l’extrême droite, celle des tartarins, des coups de menton et de la rodomontade, on tonitrue, on gesticule, on crie à l’insupportable, au mépris de la souveraineté du peuple en oubliant que bon nombre de ceux qu’elle fustige ont péri dans les camps de concentrations considérés il y a peu par Jean-Marie Le Pen comme « un détail de l’histoire ».

Intégrer or not intégrer ?

Côté gouvernemental, si Laurent Fabius s’est bien gardé lundi dernier sur France-Inter d’intervenir dans la querelle Valls- Duflot par un franc no comment au micro de Patrick Cohen, il reconnaissait qu’il ne servait à rien de nier le problème et rappelait que : « Les Roms sont des citoyens européens et, à ce titre, libres de circuler dans le cadre des législations en vigueur ». A l’entendre, le tout était de les « accompagner », c’est-à-dire de permettre à ceux qui le veulent de se sédentariser et de scolariser leurs enfants, et aux autres de vivre leur vie. Quant à la délinquance, il fallait qu’elle soit traitée comme il se doit, c’est-à-dire avec humanité mais fermeté. Il parlait sagement en Premier ministre tandis que le titulaire du poste en appelait devant l’Assemblée au « sang froid » tout en menaçant de « sévir » dans les rangs des ministres qui ne lèveraient pas le doigt avant de prendre la parole...  C’était oublier un peu vite qu’il faudrait que d’une part, les uns et les autres le veuillent et que, d’autre part, les conditions stipulées par la circulaire ministérielle de l’été dernier, à savoir qu’on leur procure du travail et des logements, soient réunies, ce qui paraît improbable.
Au centre, on s’en moque. On se renifle le derrière en envisageant un mariage de raison Bayrou / Borloo susceptible de faire renaître de ses cendres un groupe moribond, dans l’hypothèse où l’UMP se ferait manger par la Marine et libérerait ainsi une place de choix au deuxième tour des présidentielles... Un peu plus loin, à droite, on hausse le ton. On prétend que l’intégration est un mythe rousseauiste et on pose la question qui fâche : « Pourquoi la France réussirait-elle là où les Roumains eux-mêmes échouent depuis des siècles ? » Et de faire remarquer que Bucarest et Sofia ne sont pas mécontentes de se débarrasser à bon compte de ceux dont elle ne veut pas chez elle. Alors, on prône le « chacun chez soi », les Roms en Roumanie, les Bougres en Bulgarie et les Hollandais en Hollandie. C’est oublier un peu vite que lorsqu’elle était aux affaires, elle n’a en rien fait avancer le problème, y compris au niveau policier et judiciaire.

Beaucoup de bruit pour pas grand-chose de nouveau en somme, s’il n’y avait en ligne de mire les élections municipales ; car au-delà des Roms, il semble bien que ce soit un ras-le-bol généralisé qui se profile derrière les 75 % de la population qui, selon BVA, approuvent les déclarations du ministre de l’Intérieur. Trop d’impôts, trop de violences, trop de couacs, trop de flottement, trop peu de visibilité. À force de fuir les conflits et d’attendre que la croissance revienne toute seule, le président risque gros. Laurent Fabius s’inquiétait déjà qu’il n’y avait pas de « patron » à Bercy, mais y en a-t-il seulement encore un à Matignon ?



*   Sources Wikipedia
** Le Courrier de l’Ouest du 14 / 9 / 2013
 

Auteur : CM | 07/10/2013 | 0 commentaire
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