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Les métiers de la mer – Benoît Vigouroux : « Le mareyeur, c’est le banquier de la marée »

Media-web est allé à la rencontre de ces professionnels de la filière pêche, qui avec le tourisme, est un des poumons essentiels de l’activité économique de la Presqu’île. Des passionnés, qui dans un contexte difficile, perpétuent les traditions mais savent aussi faire évoluer leurs métiers.

Portrait de Benoît Vigouroux, jeune mareyeur croisicais de 32 ans, employé par l’entreprise Sunfish International. Il achète le poisson sur les criées de La Turballe et du Croisic. Anticiper les commandes et les arrivages, acheter au meilleur prix en entretenant de bonnes relations avec les pêcheurs, conditionner avant transport, tels sont les aspects de ce poste clé de la filière. Un métier où les professionnels restent souvent discrets sur leur activité.

Dans la famille Vigouroux, on connaît bien la pêche, et comme Obélix, Benoît est tombé dedans tout petit. Son père, Croisicais est un ancien patron-pêcheur, sa mère était comptable pour GPAC, une entreprise de la filière. Mais avec un BTSA Technico-commercial « Poissons de la mer » en poche, Benoît a décidé de rester à quai et d’exercer ses talents, issus de l’apprentissage familial et des études, sous la criée. Sunfish International est un gros acheteur de poissons nobles (bars, soles, lottes, turbos, rougets et Saint-Pierres) qui réalise 80 % de son chiffre d’affaires à l’export. L’enseigne fournit par exemple quelques-uns des plus fameux restaurants en Europe. Benoît Vigouroux achète au Croisic et à La Turballe, entre 4 h 00 et 6 h 00 du matin, pour un temps de vente de 2-3 heures. C’est la partie visible du travail de mareyeur. Après les achats, il y  a aussi le tri du poisson, le colisage et palettisation.

Les achats aux enchères

« Notre but, c’est d’acheter le moins cher possible pour être le plus concurrentiel sur le marché », résume le jeune mareyeur. Cela nécessite un gros travail en amont : « Nous fonctionnons avec des précommandes, des tarifs prévisionnels. Mais il faut surtout être constamment en rapport avec la criée et les pêcheurs pour avoir des infos. Il faut également savoir ce qui se passe sur les autres criées. C’est pour ça que l’on doit avoir de bonnes relations avec les pêcheurs, même si pour eux, on ne paie jamais assez cher leur poisson. On a des amis, un réseau, c’est comme ça que l’on obtient les bonnes infos ». Il faut donc beaucoup anticiper et faire les bons choix, car le niveau des apports des différentes espèces fluctue très souvent. « Le tout, c’est de ne pas se planter sur l’achat de certains lots, soit parce qu’ils ne sont pas de bonne qualité, soit parce que la taille ne correspond pas, ou encore que le prix est trop élevé comparé à d’autres ports », ajoute Benoît.

Le système d’enchères sur les criées croisicaises et turballaises est « descendantes et montantes ». Le mareyeur explique : « Le crieur met à prix un lot. Ca descend jusqu’à ce qu’un acheteur bloque le prix de vente, et alors ça remonte jusqu’au plus offrant ». Là aussi, il faut entretenir de bonnes relations avec les autres mareyeurs : « On se connaît tous. Il n’y a pas vraiment de rapport de force, mais ça dépend beaucoup de la demande ». On devine que l’équilibre est assez subtil entre ces professionnels, en concurrence, mais qui doivent aussi s’imposer des règles. Aussi Benoît a l’avantage d’être présent sur deux criées : « Il y a de moins en moins de bateaux, donc moins de poissons. En plus, avec le passage à l’euro, les repères ont été différents et le poisson a augmenté. Mais avec les deux criées, on peut mieux jouer sur les prix. Il arrive aussi qu’il négocie auprès d’autres mareyeurs sur d’autres ports ».

D’ailleurs, il se garde bien de faire des pronostics sur l’avenir des criées. « Je pense que l’on est tranquille pour une dizaine d’années. Après, advienne que pourra ! Au Croisic, je pense que ce n’est pas forcément les gros bateaux qui s’en sortiront le mieux. Il faut rester dans un type de pêche traditionnel, des petits bateaux de 10-15 mètres, ceux-là seront les mieux armés », indique-t-il. Car si Benoît Vigouroux est directement concerné par l’avenir de la pêche, il est aussi attaché au développement économique et au futur de sa commune natale. Il est conseiller municipal de l’actuelle majorité.

Trier et expédier

« Le plus dur, ce n’est pas d’acheter le poisson, c’est de le vendre ! », sourit Benoît. Car de retour à l’atelier, c’est un travail minutieux qui commence : « Le tri se fait au grammage près. La taille de commercialisation n’a rien à voir avec la taille de vente à nos clients ». Il y a aussi des poissons qui sont entreposés en chambre froide. Il prépare des colis qui peuvent aller de 2 à 10 kg, avec le glaçage. Une fois les commandes préparées, elles partent sur les routes, direction l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, le Luxembourg, à intervalles réguliers à partir de 10 h 00. Avec la main-d’œuvre, les caisses en polystyrène et le carburant, le poisson est largement majoré. Par exemple, cela représente environ un euro par kilo pour une expédition vers l’Italie.

Intermédiaire essentiel de la chaîne de pêche, le mareyeur est à la fois fournisseur et client. Comme les pêcheurs, il paie une taxe à la criée, à la semaine, quand ses clients paient au mois. « Beaucoup d’argent passe par nous, il faut avoir de la trésorerie. C’est pourquoi, on nous appelle les banquiers de la marée ». Et contrairement à ce que  l’on pourrait penser, c’est bien sur les espèces pas chères, comme la sardine que le mareyeur réalise ses meilleures marges.

Auteur : Yoann Daniel | 25/09/2010 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 05 janvier 2011 à 14h17 par lissillour, Hennebont
A combien les pousse-pieds sont côtés? Quel est leur prix en france au kilo?

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