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Les médias dans la ligne de mire du pouvoir

Ce n’est pas encore un retour vers le temps peu glorieux du ministère d’Alain Peyrefitte, mais on trouve dans les derniers événements qui ont bouleversé la rentrée médiatique quelques similitudes. Plus que l’opposition, ce sont les médias qui sont devenus l’ennemi intime du pouvoir. De la croisade de Mediapart contre Eric Woerth à l’éviction d’Arlette Chabot du service politique de France 2, en passant par la reprise en main de France Inter, la presse est plus que jamais au centre d’un conflit d’influence de l’opinion. Alertés par ce qui se passe au sommet, les élus des collectivités locales adoptent le même comportement. Les héritiers de Camille Desmoulins et de « l’Ami du Peuple » ne sont plus les bienvenus en République.
Arlette Chabot
Arlette Chabot

Pendant ce temps-là, le consommateur d’informations se gave de « Secret Story », ce qui, avec une gorgée de Coca, lui fera passer la pilule. Car sur France 2, ça fait bien longtemps que les syndicats de journalistes ont déclenché « l’alarme des secrets ».  Mais il est de tradition dans la maison de ne pas venir au secours d’un chef de service, même aussi irréprochable qu’Arlette Chabot.  Arlette, son intransigeance, sa posture, son indépendance, son « ton pète-sec », bref, son profil aux antipodes de la femme française incarnée par Carla Bruni, a agacé notre président. Lui qui se rêve directeur de programmation d’une grande chaîne de télé a simplement zappé la présentatrice de « A vous de juger ».  L’émission était bonne, les audiences étaient pas mal, le journal de 20 heures fait bonne figure face à TF1, les magazines d’informations cartonnent, mais Arlette et sa façon de traiter l’information déplaisait. Oust ! Nicolas Sarkozy a appuyé sur « 1 ».Eliminée Arlette. À quelques mois des élections, « A vous de juger » voit ses heures comptées.

L’expérience a déjà été tentée avec succès à France Inter.  Le milieu des médias s’interroge encore sur la prise de fonction de Philippe Val, le chantre de la liberté d’expression, qui a fait sa réputation médiatique et judiciaire en publiant dans « Charlie hebdo » les caricatures de Mahomet. Exit Stéphane Guillon et à la porte l’autre trublion des ondes, quand Nicolas Demorand s’est empressé de quitter la Maison de la Radio. Pourtant, les audiences battaient des records, les pamphlets étaient bien sentis et renommés, et surtout donnaient, en conséquence,  un potentiel incroyable d’auditeurs à qui prenait le micro derrière le « portrait au vitriol ». Dans ce cas, nul besoin d’incriminer l’Elysée seulement, car de Eric Besson à D.S.K, les politiques ont fait preuve d’une solidarité rarement vue au moment de défendre les intérêts supérieurs du pays.

Incontrôlable internet

Camille Desmoulins
Camille Desmoulins
Mais l’ennemi public Numéro 1, désigné par le pouvoir, c’est Médiapart, et son directeur Edwy Plenel. Les petites dérives et petits mensonges d’Eric Woerth n’ont pas résisté. Et ce n’est pas Mediapart le coupable, mais bien le ministre du budget qui s’est embourbé dans sa défense. Finalement, une médaille, une exonération d’impôt, un ou deux arrangements avec la loi, il n’y avait pas de quoi en faire une affaire d’état. Mais le pouvoir a tellement sous-estimé ce nouveau média, ses moyens et ses convictions, qu’il a mis un coefficient 10 à tout ce qui vient d’être dévoilé. Et là, pas question de zapper !
 
A l’échelon local, nous sentons, au mieux, la méfiance, au pire, l’opposition des pouvoirs en place, souvent dépassés par la technologie et l’évolution de la société. Le dialogue est déjà rompu avec les jeunes, il est aussi sur le point de s’interrompre avec ces nouveaux médias qui s’immiscent dans la vie locale. Pourtant, les citoyens sont à la recherche de différentes sources d’informations pour nourrir leurs réflexions et satisfaire leurs centres d’intérêts.
L’expérience nous prouve que, pour le moment, les politiques locales, adoptent la stratégie « Woerth ». Elles se ferment, mettent des bâtons dans les roues, sont nourries par la crainte de ce que l’on pourrait écrire. 
Pourtant, si notre père à tous est « L’Ami du Peuple » avec Camille Desmoulins (décapité en 1794 pour avoir dénoncé la terreur), témoin et acteur de la Révolution Française, quelles craintes peut-on nourrir à laisser l’expression s’épanouir en liberté, sinon celle de voir ses concitoyens s’enrichir. ?
Cette semaine, la République française fête ses 140 ans. Vive la République !
Auteur : Yoann Daniel | 04/09/2010 | 5 commentaires
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Vos commentaires

#1 - Le 05 septembre 2010 à 05h40 par Philippe Sauveur
Vous avez raison l'affaire Woerth ne mérite pas autant de tapage médiatique, et de violences des oppositions, surtout que je crois Monsieur Woerth honnête, il est surtout naïf et maladroit.
Quand à Médiapart il a reçu 249000 euros de subventions de l'Etat ! ça veut dire quoi tout ça?
http://blogs.lexpress.fr/media/2010/01/nicolas-sarkozy-doitil-subvent.php
#2 - Le 08 septembre 2010 à 11h10 par lonely
Madame Chabot c'est "la" référence,
Je m'oppose à la remarque "femme pas du style de ...", l'aurait-on dit si c'était un garçon ? donc remarque sexiste.
Pour le reste, c'est être bien nul de se séparer des meilleurs.Alors tant pis pour eux.Ils ne la méritent pas,et peut-être aurait-elle dû partir plus tôt.C'est difficile la liberté.Dans le journalisme comme ailleurs.Pour elle aucun doute elle est libre,la preuve.Et nous, où qu'elle aille, nous continuerons de la lire et de l'écouter.
Vous faites bien, Monsieur, de noter ces points,ils balisent notre réflexion.
#3 - Le 09 septembre 2010 à 21h37 par Eric Duffay
Pardonnez-moi Lonely, mais je ne pense pas le propos machiste, en fait c'est le contraire.
Et pour ce qui est des expressions, voilà ce qu'on dit pour un garçon : "Il a le profil du gendre idéal"... Pas mal non plus comme remarque sexiste ou physique.
Comme toujours, Yoann nous régale, j'adore le " à la porte" en référence à Porte, viré de France inter.
#4 - Le 11 septembre 2010 à 08h37 par ASSEZ
Bonjour

Je ne vois pas dans la comparaison faite entre Mme Chabot et Mme Sarkozy de remarque sexiste. Comparaison n'est pas raison, certes, mais elle aurait pu tout aussi bien être faite s'il c'était s'agit de garçon.

Malhonnête ou honnête M. Woerth ? Qui peut le dire ? Seule la justice peut en décider. Et ce n'est pas avec l'obstruction présidentielle que cela va pouvoir se faire, d'ou le seul recours aux Médias pour faire avancer les choses. Des faits restent des faits.
La croyance en quelque chose ne relève que du sentiment.
C'est un fait qu'il ait demandé et remis une légion d'honneur à l'employeur de son épouse.
Ce même employeur étant conseiller fiscal de Mme Bettancourt.
C'est un fait qu'en tant que Ministre du budget, il ait accordé une remise de 30ME à Mme Bettancourt.
On ne va pas refaire l'histoire.
Et si honnête, quid de la morale?
Alors oui, il est maintenant dans la logique du pouvoir de s'en prendre aux Médias, car les faits sont têtus. Car on peut dire je crois que , sans avoir rien à prouver. On ne peut pas dire je ne sais pas que ceci ou cela existe , sans prendre le risque de se voir traiter de menteur, le jour ou on vous met sous les yeux la preuve de votre mensonge.
Alors, menteur egale malhonnête ? A la justice d'en décider.
Mais je ne suis pas naïf, on est pas prêt de voir cette affaire devant la cour d'un tribunal. Sachons être patient, et faisons confiance aux Médias.
Longue vie a Media-Web
#5 - Le 12 septembre 2010 à 13h09 par lonely
Pour Eric,pour l'ami ASSEZ,que je lis souvent avec plaisir,étonnant que vous ne l'entendiez pas,vous.
L'intention de YD est bonne bien certainement et il a bien raison de souligner le cas.
Rappelez vous des remarques sur Madame Chabot "mal habillée, perdu son coiffeur, pas dormi depuis quatre jours etc.", bien sûr que c'est sexiste.De Alain Duhamel,l'avez vous entendu ?
Voyez maintenant comment on va traiter Madame Aubry, pareil.Une des blagues (de A.Roumanov je crois), "que fait Martine de ses vieux vêtements ? Elle les porte". Elle n'est pas dans le moule.Tout comme Sarkozy d'ailleurs, petit et pas super joli il faut bien le dire mais chez lui l'énergie prend le pas sur le reste.Le schéma du grand mâle beau et physiquement puissant, et la femelle jolie discrète et de préférence soumise n'est pas validé pas avec ces deux-là.Et tant mieux, car sinon à moins de 1,85 m on ne pourrait plus élire personne, comme garçon;quand aux filles...Notez les moqueries pour Madame Bachelot, Madame Boutin, Madame Laguiller.Voyez,aussi, comme Madame Royal joue avec les images à la mode, quand elle navigue entre maternité exhibée,séductrice libérable parce que divorçante au bon moment d'un "parti" devenu encombrant, starisée et mise en scène en "femme" épanouie, objet de publicité avérée, pour un peu elle nous vendrait des bagnoles.
L'ennui, mon cher ASSEZ c\'est que personne n'entend plus ces petites remarques, comme celles du racisme rampant qui nous entoure,les blagues limites.Ecoutez bien.Regardez les publicités, et pensez à nos filles et à nos garçons.Leurs libertés s'amenuisent.Voyez comme l'intérêt des filles pour les sciences recule dans leurs choix, d\'orientation scolaire.On revient aux années 60.
Et nous autres vieux c...s qui avons connu ces combats là devons leur faire savoir, car nous avons vu ce qu\'étaient les vies de nos parents,et nous battre sur chaque mot qui raye notre oreille, qui interpelle notre indépendance.Pour cette liberté à garder et à développer, farouchement,liberté des média, des familles,pour eux, nos petits.Et pardon si je pontifie.Je prends le risque du ridicule.Chacun à notre petite place un peu comme Madame Chabot et... Monsieur Daniel.

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