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Les infirmier(e)s-Anesthésites de France adressent une lettre ouverte à François Hollande

Après des années, et des mois de réunions et négociations,
l'Association Française des Infirmier(e)s Anesthésistes Diplômé(e)s d'Etat (AFIADE), par la voix de son Président Laurent Krzyzaniak, interpelle aujourd'hui le Président de la République quant aux conditions devenues intenables des Infirmier(e)s-Anesthésistes et du monde de la Santé dans son ensemble. Ils tirent la sonnette d’alarme « il y a urgence vitale Monsieur le Président »

Monsieur le Président de la République 

Depuis deux années maintenant, les infirmier(e)s-anesthésistes se mobilisent. Deux années de combat qui, elles-mêmes, suivent des décennies de lutte avec toujours le même leitmotiv : la reconnaissance de nos compétences. Nous ne souhaitons que cela : que notre formation et notre travail soient enfin considérés.

Votre présidence devait marquer une rupture avec vos prédécesseurs.

« Moi Président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats, et que nous puissions avoir régulièrement une discussion pour savoir ce qui relève de la loi, ce qui relève de la négociation. »

Je le dis avec toute la gravité qui sied à ce que nous, infirmier(e)s-anesthésistes et soignants, vivons au quotidien :

il y a urgence vitale Monsieur le Président.

Depuis un an maintenant, nos organisations syndicales représentatives et professionnelles assistent à des réunions de travail. Depuis un an, les infirmier(e)-anesthésistes, dans l’intérêt des patients, privilégient la discussion à l’affrontement. Notre seul but est d'être enfin reconnus pour ce que nous faisons quotidiennement. Mais notre attitude responsable ne nous apporte pas la considération tant espérée Monsieur le Président. Notre voix reste inaudible. Ce sort ne nous est d'ailleurs pas réservé. Il en est de même pour toutes les professions de santé.

Dans le silence, notre profession, qui depuis 60 ans est un maillon essentiel de la sécurité anesthésique et participe au maintien d’une prise en charge pré-hospitalière de qualité, voit son avenir menacé.

Dans le silence, notre profession, au côté des Français depuis plus d’un demi-siècle, risque tout simplement de disparaitre, sacrifiée sur l'autel de la rentabilité dans un système de santé qui s'éloigne de plus en plus de sa mission première : soigner.

- Car quels sont les résultats des politiques menées par les différents gouvernements qui se sont succédés

Monsieur le Président ?

- L’avenir de la santé en France est-il garanti ? 

- La qualité des soins s'est-elle améliorée ?

Non. Définitivement non.

Les infirmier(e)s-anesthésistes, et tous les soignants, sont précarisés. Les patients sont fragilisés. Comme les autres professions de santé, les infirmier(e)-anesthésistes se voient imposer des organisations de travail mortifères. Nous travaillons parfois 24h d’affilées mais nous sommes privés de la reconnaissance de la pénibilité. Les budgets de formation sont limités. Des postes sont supprimés alors que la demande de soin explose. Le mot « patient » n’a plus sa place dans nos établissements. Il faut parler d’usagers, voire de clients. La qualité des soins est devenue une variable parmi d’autres.

Seule à droit de citer la sacro-sainte rentabilité

Mais ce « système » va s’effondrer Monsieur le Président.

Car ce dernier va à l’encontre des valeurs que nous partageons avec tous les soignants : humanité, empathie, solidarité, dévouement, courage. Le « système » à l'oeuvre aujourd'hui a travesti ces fondements du soin pour en faire des outils de contrôle.

En dévoyant ces magnifiques valeurs et en les retournant contre nous, une organisation a en effet été bâtie. Celle-ci repose sur la culpabilisation permanente. Pour « le bien du patient » ou pour « aider nos collègues », au nom de nos valeurs, il nous est demandé toujours plus alors que nous sommes toujours moins. Nous devons donner toujours plus alors que nous recevons toujours moins. Mais nous ne sommes plus dupes. Et nous voyons que seule compte la rentabilité. Le bien-être du patient ne semble plus être une priorité.

Pourtant, tout a une fin Monsieur le Président. Et de plus en plus d’infirmier(e)s-anesthésistes, de professionnels de santé, savent que nous ne rendons service à personne en dénaturant nos pratiques et en corrompant, malgré nous, notre âme de soignant. Nous n'aidons ni nos collègues, ni nos patients. Bien involontairement, notre dévouement permet abus et situations dangereuses. Le tout dans l'indifférence de nos tutelles. Mais, fier(e)s de ce que nous sommes, nous comprenons que notre combat va désormais plus loin que la défense de l’avenir de notre profession. Nous nous battons pour des valeurs soignantes et pour l’avenir d’un système de santé presque unique au monde. Vous devez entendre les infirmier(e)s-anesthésistes Monsieur le Président. Vous devez entendre leurs voix, leurs appels, leurs alertes. Préparant les élections présidentielles de 2017, vous allez proposer aux Français un projet de société.

Quel plus beau projet qu’un système de soins qui offre la même qualité de prise en charge, que l’on soit puissant ou pas ?

Quel plus beau projet qu’une société qui offre à des parents, des enfants, des familles l’assurance que leurs proches seront soignés par un système de santé de haut niveau qui les protège et ne les laisse pas sur le bord de la route ?

Ce projet doit être le votre. L’avenir des patients doit être la seule considération.

Le vécu des hommes et des femmes qui chaque jour sont aux chevets des blessés, des malades, des mourants doit devenir une priorité. Les infirmier(e)s-anesthésistes vous interpellent Monsieur le Président. Et nous sommes décidés à expliquer aux Français ce que nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous vivons.

Désormais, nous porterons nos messages partout où il nous sera possible de le faire. Nous allons dire ce que les nouvelles « valeurs » de la Santé, qui sont « Austérité-Rentabilité-Précarité », font comme dégâts. A force de mots et d’images, nous allons dire et montrer à nos patients, à tous les Français, la destruction à l'oeuvre. A l’époque du règne de la communication, si importante aux yeux de tant d'hommes et de femmes, nous allons porter notre lutte dans la lumière.

Plus que quiconque, vous mesurez le poids des mots et des images.

Je peux vous assurer, Monsieur le Président, que nos mots et nos images seront lourds et marqueront une nouvelle ère dans la défense de la profession des infirmier(e)s-anesthésistes et, je l’espère, dans la défense des soignants.

Monsieur le Président, nous vous demandons d'agir. 

Voyez les infirmier(e)s-anesthésistes. Ecoutez nous. Considérez nous.

Entendez la souffrance qui étreint le monde soignant.

Et agissez pour rendre à notre système de santé ses lettres de noblesse et faire que nos belles valeurs reprennent la place qui leur revient.

Laurent Krzyzaniak

Président de l’association

Française des Infirmiers anesthésistes.

19/09/2016 | 0 commentaire
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