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Les Indignés à Nantes : lettre ouverte à Jean Marc Ayrault

Il y a quelques semaines, la bienséance politique faisait dire à Jean-Marc Ayrault sur son blog « dans le monde entier, les jeunes sont au cœur du mouvement des Indignados. Ils sont l’avenir, les forces créatrices d’une ville. Il ne demandent pas à être assistés mais qu’on leur fasse confiance ».

Aujourd’hui, les bons sentiments du maire de Nantes semblent avoir pris la poudre d’escampette. Jean-Marc Ayrault serait-il trop occupé par la présidentielle pour soutenir et s’occuper de ses propres Indignés ?

Ils sont une quarantaine depuis un mois à faire le pied de grue sur la place nantaise. D’abord installés non loin de la place Royale, les Indignés nantais sont aujourd’hui présents près du Skate Park à côté du CHU.

Défendant depuis un mois les revendications des « 99 % », le campement ne cesse d’augmenter de jour en jour. Le mouvement aujourd’hui mondialement connu se caractérise notamment par son absence de leader. Pourquoi ? Parce que le mouvement des Indignés est apolitique. L’objectif est de participer à un changement qui induira plus de démocratie participative. Une lutte contre le capitalisme financier qui a exclu l’homme de l’économie pour le transformer en simple sujet de consommation. Une des revendications par exemple est que la loi de décembre 1945 s'applique, et faire en sorte que ce ne soit plus à l’État d’acheter la monnaie à des banques privées.

Les Indignés militent pour sortir de la dictature de l’argent, créer des échanges gratuits et favoriser l’émergence d’une véritable économie contributive. Pour cela, ils se rapprochent de l’Économie Sociale et Solidaire et des SEL (Service d’Échanges Locaux). À l’heure de la mutualisation des services il n’est pas idiot de soutenir des groupes de personnes qui pratiquent l’échange multilatéral de biens, de services, et de savoirs.

Leur deuxième revendication se symbolise dans l’exemple du campement nantais. C’est l’application de la constitution de 1793 qui n’a jamais été appliquée. Elle stipule que « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

Cependant, aujourd’hui, les Indignés de Nantes, qui comme leurs confrères dans le monde, manifestent de façon pacifique, sont confrontés à l’absence de dialogue avec la mairie de Nantes et la Préfecture. Pire, ils subissent des pressions de la part des services de police.

Comment se fait-il que les services de police refusent systématiquement de donner aux Indignés un arrêté préfectoral et/ou municipal leur permettant de se prémunir contre les expulsions brutales du campement ? Dans le même temps, les contrôles d’identité sur le campement se sont multipliés et les intimidations ne cessent pas.

Les Indignés ont été déplacés de la place Royale pour qu’ait lieu le marché de Noël, personne de la mairie leur a demandé s’ils souhaitaient une place pour être représentés sur ce marché.

Est-ce normal de la part d’une Mairie qui dit par son représentant soutenir le mouvement ? Le discours de Jean-Marc Ayrault a finalement des relents de démagogie populaire.

Peut-être est-il gêné aussi de savoir que la majorité des Indignés nantais s’opposent au projet de Notre-Dame-des-landes ? Un point qui fait tache d’huile dans sa ville qui deviendra capitale verte de l’Europe en 2013. Il ne faudrait pas d’amalgame entre le maire et les Indignés, on pourrait croire qu’il a retourné sa veste ! ?

Et pourtant, le mouvement des Indignés nantais a la possibilité de faire naître quelque chose de positif. Si les regroupements ont leur lot de personnes en souffrance, ceux que les médias ne souhaitent généralement pas montrer, le collectif a réussi a faire en sorte que les sans-abri, les indignés de tous les jours, n’apportent plus d’alcool sur le campement. Toutes les personnes trouvent dans cette assemblée démocratique un peu de réconfort, et arrivent aujourd’hui à se faire entendre et dialoguer sur les principes de démocratie participative.

Le campement est autogéré et se structure de mieux en mieux, tout y est ou presque : cuisine, tri sélectif, toilettes sèches.... Chaque jour les indignés sont soutenus par les commerçants nantais qui leur apportent quelques invendus pour s’alimenter. Les structures culturelles qui entourent le campement sont elles aussi solidaires du mouvement. Chaque soir, la musique vient agrémenter les débats. Une aubaine quand on sait que « la musique adoucit les mœurs ».

Des Parisiens, qui campaient sur le parvis de la Défense sont arrivés à Nantes hier. Samedi une marche est initiée au départ de Vannes pour arriver sur Nantes en passant par Redon. Dimanche 27 novembre, une journée troc est organisée par le mouvement nantais.

Prochainement Les Indignés auront leur place square Daviais, sur l’Autre Marché, celui qui porte bien son nom. Pourquoi ? Parce qu’il valorise la coopération plutôt que la concurrence et la surconsommation.

En attendant, depuis le jeudi 17 novembre, les Indignés nantais attendent la réponse de Jean-Marc Ayrault…

 

Auteur : propos recueillis par MW | 24/11/2011 | 0 commentaire
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