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Le virage de l'agroécologie enfin amorçé ?

Tandis qu’Anne Hidalgo prône en tramway la « mobilité douce » contre les supposés « diéselistes » de l’UMP, les députés ont voté en première lecture la semaine dernière le projet de loi d’avenir « pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt » dite « LAA » défendu par le ministre Stéphane Le Foll. Par 332 voix pour et 205 contre, le virage agroécologique semble bien être pris.

Des mesures volontaires

Le projet LAA prévoit donc un certain nombre de mesures susceptibles d’accompagner ce virage nécessaire :
-  des groupements d’intérêt économique et environnemental (GIEE), sorte de label accordé à des agriculteurs ou des exploitants forestiers se regroupant, afin qu’ils bénéficient d’aides de manière préférentielle ou majorée.
-  la délivrance des antibiotiques pour les animaux sera mieux encadrée  pour éviter que la résistance progressive à ces antibiotiques des organismes animaux ne se transmette à l’homme par la chaîne alimentaire. Les conditions commerciales des ventes feront l’objet de restrictions notamment pour ce qui concerne les « échantillons «  gratuits.
- Contrôle également renforcé et suivi de l’impact des pesticides sur l’environnement et la santé, et non plus uniquement au moment de l’autorisation de mise sur le marché. Quant aux produits phytosanitaires dits « grand public », leur publicité serait interdite  afin d’en réduire l’usage réputé immodéré par les jardiniers amateurs.
- Les importateurs de bois (ou produits en bois) seront tenus de respecter le règlement européen en matière de contrôle de la traçabilité des produits et, à défaut, s’exposeront à de lourdes sanctions.
- La protection des appellations d’origine et indications protégées (AOP et IGP) sera accrue, par la création d’un « droit d’opposition » au dépôt éventuel d’une marque aux cas où le produit protégé serait similaire à celui de la dite marque.
- Pour aider les producteurs face à la grande distribution, un médiateur des relations commerciales agricoles pourra être saisi de tout litige comme ce fut le cas au printemps dernier pour le prix du lait.
- Un « institut agronomique vétérinaire et forestier de France » devra rassembler les établissements d’enseignement supérieur agricole public et les organismes de recherche jusque là dispersés, de façon à favoriser l’innovation et à stimuler l’investissement.
- pour ce qui concerne l’outre-mer, des comités d’orientation stratégique et de développement agricole (COSDA) seront placés sous l’autorité du préfet et du président de la collectivité territoriale compétente.
- Enfin, de façon à favoriser et accélérer l’installation de jeunes agriculteurs, le contrat de génération sera adapté, prévoyant une aide pendant trois ans au maximum à l’exploitant qui voudra transmettre son entreprise à un salarié âgé de 26 à 30 ans ou à un stagiaire de moins de 30 ans.

Des réactions mitigées

Pour la coordination rurale (CR), la loi devrait s’occuper en priorité des producteurs plutôt que des productions, et même si elle estime que le GIEE est « une bonne idée », elle demeure inquiète de la « pression de la collectivisation que cela peut représenter » dans l’obtention de certaines aides PAC par exemple, et craint des distorsions de concurrence. Elle souligne par ailleurs « de bonnes intentions » et des propositions « intéressantes », mais ne cache pas ses réticences à voir la Safer autoriser le portage du foncier par les coopératives. Enfin, la CR s’interroge sur la finalité de l’évolution de l’assujettissement à la Mutualité sociale agricole (MSA). La volonté d’abaisser le seuil de surface est-elle destinée à permettre aux cotisants solidaires d’acquérir le statut d’agriculteur pour bénéficier de prestations sociales ou va-t-il être imposé à tous pour assurer davantage de ressources à la MSA ?
Pour sa part, le vice président des  Jeunes agriculteurs (JA) M. Jérôme Chapon, se montre plutôt satisfait : « Nos attentes sur l’installation ont été prises en compte (...) nous demandions depuis longtemps la suppression de la surface minimale d’installation (SMI) »  L'activité minimale d’assujettissement (AMA) est donc une « bonne chose » tout comme le sont pour les jeunes la majoration de deux ans sur les contrats ou la « clause de résiliation asymétrique »  qui permettra au seul jeune de résilier le contrat lors de sa durée initiale. En revanche JA reste sur sa faim sur le volet foncier même si le retour du contrôle des structures « à ce qu’il était avant 2006 » est positif, et considère comme insuffisant ce qui est proposé au sujet des commissions départementales de consommation des espaces agricoles (CODCEA) ;
« On ne peut pas dire que ça soit la loi la plus ambitieuse », regrette Jérôme Chapon.
La fin du productivisme ?
Edgar Pisani, le père de la politique agricole commune européenne (PAC) s’exprimait ainsi en 2004 : « J’ai été, quant à moi, productiviste... hier. Ce qui se passe aujourd’hui m’inspire plus d’inquiétude que d’espoir. A vouloir forcer la nature, nous prenons le risque de la voir se dérober. A vouloir mondialiser le marché, nous faisons fi du besoin qu’ont les peuples de vivre à leur manière du travail de leurs terres. A industrialiser le travail agricole, nous chassons des paysans dont les villes et les usines ne savent plus que faire. »
Passer du modèle productiviste traditionnel qui est le nôtre depuis les années 1950 à une véritable « agroécologie », tel est l’enjeu d’une politique agricole qui doit désormais associer à la fois performance économique et performance environnementale. Car si la France reste la première puissance agricole d’Europe, sous la poussée des pays émergents, elle est passée en dix ans, de la place de second à celle de cinquième exportateur mondial agroalimentaire.

Il lui reste donc, pour faire face à la concurrence sur un marché mondialisé, à améliorer sa compétitivité. La terre, qui compte maintenant près de sept milliards d’individus, en comptera probablement neuf en 2050 et la problématique alimentaire revêt des aspects différents selon les régions du monde et leur climat. Et si l’on admet généralement que l’Europe continuera à pouvoir se nourrir sans trop de problèmes, en partie grâce à la stabilisation voire à la faible croissance de sa population, il n’en va pas de même pour l’Asie ou l’Afrique qui devront multiplier leur production respectivement par deux et demi et par cinq pour satisfaire leurs besoins alimentaires...

Auteur : C.M. | 28/01/2014 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 31 janvier 2014 à 01h34 par juan
je suis pour l'agroécologie .

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