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Le tohu-bohu de l'enseignement de l'histoire

C’est entendu, il faut faire de la place. Les programmes d’histoire et de géographie sont surchargés. Ce n’est ni la faute à Voltaire ni la faute à Rousseau, mais celle de Chateaubriand qui avait le premier entrevu l’accélération du temps : « Maintenant l’Histoire est une encyclopédie ; il y faut tout faire entrer. »

Sur ces pas prophétiques, Fernand Braudel, dans les années d’après guerre, établissait cette discipline comme « le droit de regard sur tout ce qui relève de l’Homme ». Il y incluait la géographie, la sociologie, l’ethnographie, l’économie, la démographie etc. et proposait par là une nouvelle conception de l’histoire « à trois vitesses » :
- celle de la longue durée (âges géologiques, tectonique des plaques, dérive des continents, climats etc.) ;
- celle du temps social (économie, histoire des peuples, des migrations, des mentalités etc.) et enfin
- celle du temps individuel qui n’est que le tourbillon des « événements » de surface que sont les batailles, les rois, les dates et les traités qui ont longtemps constitué l’essentiel de l’enseignement « à la papa ».
Il ne s’agissait plus donc dès lors, pour l’enseigner, de choisir entre les différentes conceptions de l’Histoire, mais de considérer qu’elle évoluait à plusieurs niveaux et à des vitesses différentes. Une révolution conceptuelle saluée dans le monde entier et dont témoignent encore ses ouvrages emblématiques qui sont La Méditerranée et le monde méditerranéen, et e.
 

Le bon sens loin de chez nous

Ce travail exemplaire et novateur a hélas servi chez nous de prétexte à une pédagogie délirante. Les enseignants, cornaqués par les inspecteurs d’académie et bénis par leurs syndicats, se mirent à débiter l’Histoire en fiches thématiques, traversant les temporalités, à la façon dont on carotte les couches en géologie. Les éditeurs de manuels scolaires emboitèrent le pas et la chronologie ne joua plus que le rôle de simples « repères » perdus au milieu d’encadrés « transversaux ». C’est ainsi que l’on peut encore étudier la Seconde Guerre mondiale avant le Front populaire, les années trente après la décolonisation ou l’évolution de l’outillage agricole au XVIe siècle avant le Moyen âge. Le résultat fut que, dès les années quatre-vingt, la moitié des enfants de sixième d’un lycée parisien situait Jules César quelque part entre 3 000 avant JC et 1 500 après ! Alain Decaux, Georges Duby et quelques autres – dont Jean-Pierre Chevènement – eurent beau sonner le tocsin et tenter de ramener à la raison la rue de Grenelle. Elle resta sourde. Nos clercs avaient simplement « oublié » que les travaux de Braudel, comme ceux de Duby, de Levi-Strauss, de Barthes ou de Lacan – tous membres de la Maison des Sciences de l’Homme (VIème section) – s’adressaient à des universitaires et des étudiants, et non à des élèves du lycée ou du collège. Mieux valait, concluaient-ils sagement, commencer par les bases et attendre qu’elles soient consolidées avant d’entreprendre un approfondissement des connaissances dans les universités. C’était le bon sens même.
 

L’impossible réforme

Plaider pour le « devoir de mémoire » ne semble guère gêner ceux qui en cultivent avec constance les « trous ». Déjà, en 2008, ils avaient poussé Louis XIV et Napoléon de côté pour faire de la place aux cultures africaines. En 2009, les mêmes avaient tenté de supprimer l’histoire en classe de terminale S.  Aujourd’hui, pendant que l’on commémore en grande pompe le massacre d’Oradour-sur-Glane, ils poursuivent avec la loi Peillon ce lent travail de destruction de la mémoire collective et identitaire, socle nécessaire à toute intégration. Sous prétexte de faire plaisir à tous les lobbys, à toutes les sensibilités et à toutes les diversités, on a perdu de vue l’essentiel : l’histoire de la France, le plus vieil état-nation d’Europe. Si l’on n'y prend garde, nos enfants en sauront bientôt davantage sur les Dogons que sur le général De Gaulle et sur l’empire Monomatapa que sur la construction européenne. À ce rythme, on frémit en pensant à ce que cette génération va comprendre du monde dans lequel elle vit et à ce que seront leurs « compétences » à l’heure des choix citoyens compte tenu de leurs « connaissances » des dossiers de géopolitique et d’économie…

Tout ceci est d’autant plus regrettable que les Français sont passionnés d’histoire, qu’une grande partie des enseignants ne ménagent pas leur peine mais à l’impossible, c’est-à-dire à une réforme de l’Éducation nationale qui gagnerait à redevenir l’Instruction publique, nul n’est plus tenu. On se demande dès lors à quoi sert un ministère qui faillit à sa mission depuis si longtemps et trahit la mémoire de la nation, tantôt pour des raisons idéologiques (la gauche), tantôt pour des raisons économiques (la droite). Qui écrira l’histoire de ce gâchis ?

 

Auteur : CM | 29/09/2013 | 0 commentaire
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