www.media-web.fr

Le centre, mirage ou réalité ?

MoDem, UDI, UDF, Alliance centriste, autant de courants qui constituent l’échiquier politique. Difficile de se forger une opinion et de comprendre les enjeux des idées centristes. Conflits d’intérêts et luttes de pouvoir, accointances avec la droite ou avec la gauche, à l’œuvre en politique, le centre connaît maintes péripéties et peine à conserver cohésion et cohérence. Un feuilleton à la Dallas avec ses coups bas et ses intrigues. Le concept politique de centre a-t-il encore de la valeur ? Ne se délite-t-il pas dans ses multiples segmentations ? En bref le centre a-t-il encore un avenir politique ? Focus sur le centre.

Un peu d’histoire

Jean Lecanuet Valéry Giscard d'Estaing Hervé Morin Jean Louis Borloo François Bayrou
Jean Lecanuet Valéry Giscard d'Estaing Hervé Morin Jean Louis Borloo François Bayrou

De prime abord, la notion même de centre ne semble pas poser de difficultés si l’on s’en tient à sa définition. Mais l’évidence n’est pas de mise en politique. Théoriquement, le parti du centre désigne une force politique indépendante de la droite et de la gauche, ou participant alternativement à des coalitions avec la droite et la gauche. En bref, le centre apparaît comme un parti charnière, qui peut influer sur les votes des électeurs et faire pencher la balance à droite  ou à gauche. Ce parti témoigne d’une histoire plus que mouvementée ! En politique, le centre se laisse difficilement appréhender dans ses programmes, c’est là son principal handicap.  
La première apparition d’un centre politique remonte à la Révolution française. Dans l’Assemblée de 1971, le centre rassemblait des députés attachés aux conquêtes et principes de 1789.

À l’origine, le centre était composé, au début de la Ve République de deux entités : une aile chrétienne (le Mouvement Républicain populaire) et d’une aile laïque (le Parti Radical). Après l’élection présidentielle de 1965, le Mouvement Républicain populaire (MRP) se transforme en un Centre Démocrate, coalition centriste indépendante représentée à l’assemblée Nationale par le Groupe Progrès et Démocratie Moderne (PDM). De son côté le parti radical vire à gauche pour devenir la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (FGDS). Novembre 1971, les centristes fondent le Mouvement réformateur (englobant le Centre Démocrate, le Parti Radical, le centre républicain) et la Démocratie Socialiste. En 1974, ce même mouvement intègre la majorité de droite giscardienne, aboutissant à la création en 1978 de l’union pour la démocratie française (UDF).

Une autre partie des anciens centristes intègre la gauche, scindant définitivement le paysage politique français en deux partis : gauche-droite. Le bipartisme devient alors de mise en politique. Jusqu’à l’élection présidentielle de 2007 où François Bayrou fort de son score (18,57 %) tente de faire renaître de ses cendres, tel le Phénix,  un centre digne de ce nom : le MoDem. François Bayrou peut-il s’imposer comme réconciliateur du centre ? Michel Jobert l'ancien Ministre des affaires étrangères se disait ni à droite, ni à gauche, et quand on lui demandait s'il se situait au centre, il répondait avec malice qu'il était ailleurs.

Du centre ou des centres ? État des lieux

Un petit diagnostic centriste s’impose. En France aujourd'hui, le courant dominant du Parti centriste est le « centre droit », formation participant uniquement à des politiques d'alliance avec la droite. Peut-on dès lors parler de centre ? L’indépendance et la neutralité ne semblant dans ce cas guère être garanties. Selon le journaliste politique Laurent de Boissieu, auteur d’un blog, (http://www.france-politique.fr/) (http://www.ipolitique.fr/), il existe plusieurs définitions du centre : le refus du bipolarisme, version François Bayrou, c’est-à-dire la constitution d’un centre comme troisième force politique, le Nouveau Centre, conduit par Hervé Morin, regroupant les anciens de l’UDF d’avant 98, c’est-à-dire l’UDF giscardienne  et des ministres de l’ouverture, reposant sur le refus du bipartisme.

Le Nouveau Centre

Le Nouveau Centre (LNC) créé par les députés sortant de l'UDF, en 2007 entendait maintenir un centre actif en acceptant des alliances avec les partis de pouvoir. Le Nouveau Centre, présidé par Hervé Morin  est donc résolument de droite.

Le MoDem

Face à lui, le Mouvement démocrate annoncé par François Bayrou le 10 mai 2007 vise à rompre avec la tradition centre-droite de l'UDF. La démarche de ce mouvement consiste à proposer une nouvelle force politique centrale rassemblant le centre-gauche et le centre-droit avec des députés indépendants et libres de leurs choix. Avec une ligne stratégique axée sur la thématique du rassemblement. Pour Bayrou, « le centrisme est synonyme d'indépendance »« Si on tombe toujours du même côté, on n'est plus un centriste ! Pour moi, les radicaux de gauche ne sont pas des centristes mais la droite de la gauche ; et les radicaux valoisiens, on l'a vu, sont des gens qui sont à gauche de l'UMP mais dans une alliance quasi-exclusive avec l'UMP ! Aujourd'hui, la France a besoin d'une manière de gouverner centrale, réunissant les compétences de la gauche et de la droite pour avancer dans l'intérêt général du pays. ». En témoigne le choix du nom : référence au parti créé par Jean Lecanuet au lendemain des élections de 1965, le Centre Démocrate, auquel François Bayrou avait appartenu. Se dévoile dès lors une volonté de personnalisation du centre, mais également d’autonomisation de celui-ci. François Bayrou revendique un véritable Centre pour la France.

L’UDI

Dimanche 2 octobre 2011, au journal de 20 h 00 de TF1, Jean-Louis Borloo, chef de file de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale (Ares), confédération politique regroupant plusieurs formations centristes - le Parti radical, le Nouveau Centre, la Gauche moderne et la Convention démocrate reconnaissait que « Les conditions ne sont pas réunies pour fédérer les centres. La vérité, c'est que les centres n'ont jamais été aussi éclatés, en compétition entre eux ». D’où son ambition de constituer une fédération des centres.
 

Vers un centre autonome ? Centres de tous les pays, unissez-vous !

En réalité, il n’y a jamais un centre, mais des centres : une tradition démocrate-chrétienne dont François Bayrou est l’héritier, une tradition « plus libérale » davantage proche de la droite et dont le Nouveau Centre est en quelque sorte porteur, et une tradition radicale, représentée actuellement par Jean-Louis Borloo, plus proche de la gauche. Ces trois traditions se sont parfois regroupées, parfois séparées.
 
Avec l’UDI, Jean-Louis Borloo, président du parti Radical, ex ministre de Nicolas Sarkozy devient-il le nouvel homme providentiel du Centre ? Avec en ligne de mire les élections présidentielles de 2017.  Rassemblement de toutes les formations centristes, sorte de fédération des centres fondée le 18 septembre 2012, et officialisée le 21 octobre, l’UDI, tendrait à devenir le premier parti de l’opposition, rallié par d’anciens sarkozystes et socialistes.   Les autres chefs des partis centristes sont aussi de l'aventure, comme Hervé Morin (Nouveau Centre), Jean Arthuis (Alliance centriste), Jean-Marie Bockel (Gauche moderne), Jean-Christophe Lagarde et sa toute jeune Fédération européenne démocrate.

Dans un article du Monde du 20 octobre 2012, Jean-Louis Borloo définissait les objectifs de ce nouveau parti, insistant sur la volonté d’indépendance de ce mouvement sans pour autant sombrer dans l’isolement façon François Bayrou.  En bref, soyons indépendants mais pas trop. L’UDI ne cache pas son ambition de former une coalition gagnante avec l’UMP.  Le défi de l'UDI  est « de ne plus être le strapontin de la majorité future avec l'UMP mais d'être un "pôle" ayant pour objectif de devenir un  "partenaire obligé et demain l'acteur majoritaire", selon Hervé Morin toujours dans l’article du Monde. « Redevenir la première force politique française comme l'était l'UDF au début des années quatre-vingt-dix : voilà notre objectif ». 
Si l’UDI s’impose comme un rassemblement, elle n’a pas pour vocation de devenir un parti unitaire… En bref, l’alliance avec la droite fait clairement partie de la ligne stratégique de ce nouveau parti qui semble plaire aux Français : selon un sondage IFop publié par  Le Journal du Dimanche disent avoir une bonne opinion de l'UDI.  Ce nouveau rassemblement répondra-t-il aux attentes et espoirs des Français ? Verra-t-il ses rangs grossir des difficultés de l'UMP? Réponses dans quelques mois.




 

Auteur : CC | 23/11/2012 | 1 commentaire
Article précédent : « Crise à l'UMP : Nicolas Sarkozy suggère de procéder à un nouveau vote »
Article suivant : « UMP Jean-François Copé élu avec 98 voix d’avance sur François Fillon »

Vos commentaires

#1 - Le 23 novembre 2012 à 17h19 par Républicain
UDI ? J'aurais préféré UDO !

Union Des Opportunistes !

Ou je retourne ma veste ....

Laisser un commentaire

*

*

*

*

Les champs marqués d'une étoile sont obligatoires

Media Web Régie par : Agence de presse et marketing Images & Idées images-et-idees@mail.ch CH 1847 Rennaz
www.media-web.fr  |   Nous contacter