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La France n'a pas à justifier son histoire

Puisse la campagne présidentielle aider le peuple français à sortir des doutes dans lesquels certains se complaisent à l'enfermer. Alors que cela devrait être un moment privilégié pour débattre, entre gens de bonne volonté et uniquement préoccupés par l'avenir de notre pays, certains sujets viennent, d'une manière récurrente, compromettre la sérénité des échanges.
Jean Goychman
Jean Goychman

Il est devenu quasiment rituel d'attaquer ceux qui prétendent vouloir défendre l'idée même de la nation, (dont de Gaulle lui-même disait « Les seules réalités internationales, se sont les nations ! ») en les traitant de « nationalistes ». L'allusion, sans être directe, est suffisamment claire pour que, telle une image subliminale, elle conduise un certain nombre de Français à y associer le national-socialisme.  Et cela n'est pas un hasard.

Une seule sanction : la peine capitale.

Depuis des décennies, on veut imposer à notre pays l'idée que, sous l'occupation, un certain nombre de fonctionnaires français auraient commis des fautes inexpiables et que notre nation devait les réparer par sa propre disparition, n'ayant plus le droit de survivre après de tels crimes.

Oser émettre le moindre argument qui pourrait faire douter d'un tel bien-fondé, comme n'importe quel avocat de la défense le fait lors d'un procès réputé « équitable » suffit à déchaîner sur soi la haine vengeresse d'un véritable terrorisme intellectuel. Il y a des sujets dont on ne doit parler que d'une seule façon.

Pourquoi vouloir affaiblir notre pays ?

Grave question. Issu de par mon père d'une famille juive, mais française avant tout, un certain nombre de membres ce celle-ci ont vécu cette période abominable. Pour autant, nous continuons à aimer ce pays pour lequel mon grand-père est mort, tué en 1915 et mon père, qui avait choisi de rejoindre la France libre, a été condamné par Vichy. Le nom de mon grand-oncle figure sur le mémorial de la Shoa. Devrions-nous demander une quelconque réparation à la France ?

Assurément non car, quelque soit la conduite des fonctionnaires français, eût elle modifié un tant soit peu le sort des victimes ? Peut-on imaginer que, dans un élan d'humanisme qu'ils auraient probablement payé de leur vie, ils aient refusé d'accomplir une telle besogne ? Certains l'ont probablement fait, mais on n'en parle pas, ou très peu. Il est plus facile de crier avec les loups.

Des conséquences redoutables

Mais il y a un autre aspect qui peut devenir désastreux. Porter une part de la culpabilité induit une déculpabilisation pour d'autres. Si la France est coupable, l'Allemagne nazie l'est d'autant moins. Et cela est inacceptable. La conduite des fonctionnaires français, pour regrettable qu'elle soit, ne procédait pas d'un sentiment personnel, dans l'immense majorité des cas. Elle était dictée par l'occupant, et c'est lui, et lui seul, qui doit en porter la responsabilité.

Car, et il ne faut pas s'y tromper, derrière tout ceci se cache un autre procès.

Le discours du Vel d'Hiv

Alors que les présidents successifs depuis de Gaulle n'avaient jamais voulu s'engager, pour ne pas rouvrir des plaies mémorielles qui risquaient de diviser la nation sans, pour autant, atténuer la peine ou le sort des victimes, Un mouvement, appelé « Comité Vel d'Hiv » avait vu le jour en 1992 pour demander que soit « reconnue la responsabilité de la France dans le génocide » 

La réponse de François Mitterrand fut cinglante, lors d'un entretien avec JP Elkabach le 10 octobre 1992 :

« " La France n'est pas responsable. La France n'a pas d'excuses à donner, ni la République. À aucun moment je ne l'accepterai. Je considère que c'est une demande excessive, de gens qui ne sentent pas profondément ce que c'est que d'être français, l'honneur d'être français et l'honneur de l'histoire de France. [...] C'est l'entretien de la haine. Et ce n'est pas la haine qui doit gouverner la France. Je ne me laisse pas impressionner par ce genre d'arguments ; et j'ai le plus grand mépris pour ceux qui les expriment." 

C'est, peu de temps après son élection, que Jacques Chirac prononcera le discours dit « du Vel d'Hiv » dans lequel il dira notamment :

« Il est, dans la vie d'une nation, des moments qui blessent la mémoire et l'idée que l'on se fait de son pays. Ces moments, il est difficile de les évoquer, parce que l'on ne sait pas toujours trouver les mots justes pour rappeler l'horreur, pour dire le chagrin de celles et ceux qui ont vécu la tragédie. Celles et ceux qui sont marqués à jamais dans leur âme et dans leur chair par le souvenir de ces journées de larmes et de honte. Il est difficile de les évoquer, aussi, parce que ces heures noires souillent à jamais notre histoire, et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français. » 

Par ces paroles, dont on peut se demander s'il avait réellement conscience de la portée, il allait réouvrir la voie qu'attendaient avec impatience d'emprunter certaines personnes qui, sous prétexte de rétablir une vérité historique, allaient plutôt réveiller des doutes dont l'unité de notre nation n'avait guère besoin. Car si l'Etat français était coupable, pourquoi avait-on laissé en place les fonctionnaires français de Vichy ? Un des instruments utilisés fut le procès intenté à Maurice Papon. Il était un des rares fonctionnaires survivants de cette pénible époque et à la carrière duquel de Gaulle avait rendu un hommage appuyé, ce qui faisait de lui le cas idéal pour invoquer la complicité du général.

Donc, par transitivité, de Gaulle était complice. Et il ne pouvait même plus répondre. Cela accrédite l'idée que, finalement, peut-être que, sans l'appui de l'Etat français, la « folie criminelle de l'occupant » » eut été moins efficace, ce qui est proprement absurde.

Eric Zemmour, dans son récent ouvrage « La France n'a pas dit son dernier mot », a fait cette analyse d'une manière limpide et éblouissante. Il cite, à l'appui de ses propos, le texte écrit par Philippe Seguin  qui, mieux que tout autre, résumera l'inanité et le contre-sens de ces actions :

Le procès de Maurice Papon n’est qu’un prétexte, écrit-il dans le Figaro Il y a bien un autre procès dans le procès. Que dis-je, il y en a deux… Le premier procès, c’est celui du gaullisme. Et du général de Gaulle. Le général de Gaulle, coupable de n’avoir pas révoqué en masse les hauts fonctionnaires de Vichy. Le général de Gaulle, donc complice de Vichy… Quant au second procès, c’est, en toute simplicité, celui de la France. La France coupable en bloc, solidairement, des crimes de Vichy ; et complice, à travers Vichy, de toutes les abominations ennemies. La boucle est bouclée, et la réussite du projet nazi – qui était avant tout de compromettre, de transférer les responsabilités sur le pays vaincu – une réussite complète… C’est décidément un révisionnisme d’un nouveau genre qui se développe : celui qui nie que le général de Gaulle, la Résistance, les Français libres, l’armée de la Libération aient jamais existé…

Pourquoi remettre aujourd'hui un coup de projecteur sur ces sujets, sinon pour abaisser encore notre pays déjà tombé bien bas ?

La candidature d'Eric Zemmour effraye-t-elle à ce point ses détracteurs qu'ils en soient réduits à interpeller l'opinion publique pour tenter de le faire passer pour un soutien de Vichy, ce qui confine au summum du ridicule et de la mauvaise fois ?

Auteur : Tribune Libre de Jean Goychman | 18/10/2021 | 6 commentaires

Vos commentaires

#1 - Le 23 octobre 2021 à 11h31 par Candidat
On ne peut qu'être d'accord avec vous sur l'introduction de votre post.

Au paragraphe conséquences par contre permettez une autre lecture.

Sans le gouvernement Laval/Pétain pas de collaboration et par conséquent l'occupant aurait alors 100% de la responsabilité de ses décisions.

Si les fonctionnaires subalternes peuvent prétendre n'avoir fait qu'obeir aux ordres du gouvernement de l'époque, ce dernier lui s'est porté volontaire. Il est donc au même titre que les volontaires Français qui s'enrolèrent dans la SS responsables de leurs actes. Et à ce titre méritent d'être denoncés et condamnés. Et le message pour le futur concernant les exécutants se doit d'être clair: ils ne pourraient au regard de ce que nous savons aujourd'hui le refaire en arguant obéir aux ordres.
Il en est même certains qui firent preuve d' un zèle plus que coupable qui auraient mérité de passer en justice .

Cela n'enlève en rien la responsabilité première des Nazis Allemands.

Le reste de votre post pour défendre Zemmour ( qui ne sera jamais président voire même candidat) relève d'un fantasme. Mais s'il s'avérait que par erreur il venait à être élu, alors il nous faudra choisir notre camp, car contrairement aux Français de 40, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Et ceux qui choisiraient le camp Zemmour doivent savoir qu'il porteront 100% de responsabilité sur l'état de la France qui en découlerait à coup sûr.
#2 - Le 28 octobre 2021 à 11h50 par Cliquet, Guerande
Cher Candidat, je comprends vos doutes sur l'élection d'Eric Zemmour. Je suis avant tout gaulliste et je trouve que c'est le seul à avoir compris ce qu'était la vision du général de Gaulle pour la France.Cette vision s'impose aujourd'hui plus que jamais à notre pays qui est réellement menacé de disparition. Il semble que la seule chose qui reste encore au peuple français soit le choix de la façon de le faire: soit noyée dans un ensemble européen en attendant l'absorbsion mondiale, soit se laisser progressivement dissoudre dans une autre civilisation.
#3 - Le 31 octobre 2021 à 10h00 par Candidat
@ M.Goychman

La théorie du grand remplacement prônée par EZ date du 19eme siècle.
Chaque fois qu'un politique incapable de montrer un programme de gouvernement digne de ce nom veut le pouvoir il fait appel à la théorie du bouc-emissaire.
Au fil du temps, juifs, Italiens, Arméniens, et enfin Maghrébins.
Ou plus simplement pour EZ les
musulmans.
Or un sondage récent (août 2021) montre que plus de la moitié des sondés ne croient plus en Dieu ou Allah ou Jéhovah. Ce qui n'étaient pas le cas en 2016.
De plus rien ne prouve, absolument rien que des Musulmans voudraient prendre le pouvoir.

Cette théorie n'a que pour but de faire peur à des esprits faibles.

Étonnant ce rapprochement que vous faites avec De Gaulle qui vivait à une époque où la France était très largement croyante et pratiquante, mais qui dans Le même temps aux yeux de nombreux français qui ont du quitter le Maghreb est considéré encore comme un traître aujourd'hui.
#4 - Le 11 novembre 2021 à 17h29 par breizh44, Pornichet
M. Goychman, en tant que citoyen franco-allemand j'aurais un tas de commentaires face à vos propos ignobles. Mais ce serait vous faire trop d'honneur, donc je me limite à celui-ci: Avouer une faute n'est pas un signe de faiblesse, mais de force.
#5 - Le 14 novembre 2021 à 18h01 par Candidat
@cliquet

De Gaulle n'était pas pour une France repliée sur elle-même. Mais plutôt pour des interdépendances.
Et le mot mondialisation n'était pas un concept de son époque.
Je doute qu'il apprécierait que l'on dise sa vision des choses et en particulier de la part d' un journal eux dont le seul talent est la polémique.
#6 - Le 17 novembre 2021 à 23h36 par Cliquet, Guerande
@ Candidat
Faire passer de Gaulle pour un "mondialiste" ne manque pas de saveur.
Si, le Nouvel Ordre Mondial existait, et bien avant la guerre de 39-45. C'était déja la cause de la guerre de 14 et du traité de Versailles, dont la guerre de 40 fut une conséquence directe. Et cela, de Gaulle le savait!
Lorsqu'il parlait de l'ONU en disant "ce machin", à quoi, d'après vous, faisait-il allusion?
S'il voulait défendre les nations, c'était avant tout pour s'opposer à la mondialisation, qui imposerait un gouvernement mondial.

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