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Je ne peux pas respirer

Les derniers mots prononcés par George Floyd avant de mourir assassiné ont provoqué une onde de choc mondiale. Nous éprouvons nous-aussi le sentiment de ne plus pouvoir respirer sous la pression d'un pouvoir ressenti comme une gigantesque machine à précariser et à privatiser qui nous étouffe.
Jacques Cheminade
Jacques Cheminade

La plus brutale des dépressions, avec son chômage et ses "inévitable" faillites d'entreprises productives, se déroule alors que les marchés financiers n'ont jamais enregistré une envolée aussi rapide dans leur histoire. Le genou d'une mondialisation financière dopée par l'émission constante de fausse monnaie pèse de tout son poids sur des êtres humains réduits à assister au transfert organisé de richesse de ceux qui en ont peu vers ceux qui ont déjà presque tout, les autres survivant grâce à des aumônes. La Bourse dévoyée s'en prend à nos vies.

Un confinement compris comme nécessaire mais insupportable face à la négligence criminelle des responsables, incapables de procurer des masques, des tests et ayant désorganisé l'hôpital public, a provoqué une juste colère. L'exploitation quotidienne de la peur et la fuite dans l'univers virtuel des écrans vise à réduire cette colère à l'impuissance. Faudrait-il donc désespérer? Non: les soignants et les humiliés et offensés de notre société, ceux réduits au "second rang" financier et social, les caisières comme les personnels des EHPAD, ont donné l'exemple aux autres. Les applaudissements de huit heures du soir en témoignent.

Un bon médecin doit faire pour ceux dont il a la charge tout ce qu'il pourrait faire pour ses propres enfants. Les soignants d'un hopital se dévouent sans limites au soin des vies humaines. Ce sont leurs engagements qui devraient inspirer ceux d'un Etat. La feuille de route que Solidarité et Progrès vous présente est ainsi conçue comme une ordonnance économique et sociale: elle vise à guérir une société malade en combattant le mal financier et son expression sociale à la racine, en ouvrant des pistes pour inspirer et faire respirer.

La situation de la France est plus grave qu'ailleurs en Europe. Bruno Le Maire reconnaît maintenant que la baisse du PIB français serait de 11% en 2010 et Gérald Darmanin que le déficit total (Etat, Sécurité sociale et collectivités territoriales) atteindrait, lui, 11,4%. Nous payons ainsi à la fois le prix d'appartenir à la zone euro et celui de l'abandon de notre industrie et de la polarisation dans une économie de services. Financer le chômage partiel et maintenant sauver Air France, Airbus et Renault sont nécessaires. Ce que nous proposons bien au delà s'inspire de la relève de la France en 1945. Les "jours heureux", c'est le programme du Conseil National de la Résistance, bien sûr, la planification indicative et une Banque nationale. Mais c'est aussi un état d'esprit: contrairement à l'après-guerre de 1914-1918, on s'est alors engagé non à simplement reconstruire mais à reconstruire en modernisant physiquement notre économie. Ainsi, partant d'un engagement commun de se "retrousser les manches" et d'accroître la productivité en assurant plus de justice sociale, on a pu faire renaître Caen, Brest ou Le Havre par le crédit public, malgré une société exsangue.

C'est cet esprit d'engagement collectif, de Libération de l'oppression financière et culturelle, que nous devons retrouver. Ce journal vous arrive avant le 18 juin. Le président de la République s'efforce de parler en termes gaulliens de "concorde nationale". Nous savons que cela sonne faux faute de cet engagement. Face à la triple défaite de l'arrogance occidentale, de notre bureaucratie pyramidale et d'une "start up society" réduite à faire de bonnes affaires en Bourse, nous devons redonner les moyens économiques et culturels d'une politique du peuple, par le peuple et pour le peuple. Aux couleurs d'une nation du XXIe siècle, catalysant cette coopération internationale sabotée par les Empires coloniaux en 1945 et à déployer aujourd'hui de l'Atlantique à la Mer de Chine.

Auteur : Jacques Cheminade | 09/06/2020 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 11 juin 2020 à 15h59 par Plutot
Je cite: "Ainsi, partant d'un engagement commun de se "retrousser les manches" et d'accroître la productivité en assurant plus de justice sociale, on a pu faire renaître Caen, Brest ou Le Havre par le crédit public, malgré une société exsangue."

Mais quand est-ce que les "révolutionnaires" de tous bords vont enfin s'allier à ce monsieur?!

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