Les Biennales Internationales du Spectacle ont vu leur lot de personnalités passer dont les deux candidats aux élections présidentielles : François Hollande et Eva Joly. Pendant qu’Eva Joly rencontrait le syndicat SNU Pôle Emploi, François Hollande s’exprimait à la cité des Congrès. Quoi de mieux que Les Biennales Internationales du Spectacle pour exposer sa vision de la culture et répondre aux questions des professionnels.
François Hollande a dénoncé le désengagement de l’État en matière de politiques culturelles obligeant les collectivités territoriales à compenser davantage le manque de moyens. Il a insisté sur la nécessité de faire de l’État un accompagnateur des territoires. Il faut selon lui « renforcer le Ministère de la Culture dans son rôle de coordination et de définition de stratégie. Il ne s’agit pas de faire du contrôle, mais la culture ne peut pas être simplement une affaire de privé ». Il envisage, s’il est élu, de revenir sur cette loi Hadopi, pour travailler la question dans la concertation et impliquer davantage les parties prenantes dans la réflexion.
Dans le public les commentaires vont bon train comme celui de Chloé « bon, il ne fait qu’enfoncer des portes ouvertes, mais c’est bien qu’il s’exprime sur sa vision des politiques culturelles, il ne l’avait pas encore fait ». Un peu plus loin Joseph lui est très satisfait « Il a pris de la hauteur. On le sent serein et pas agressif. C’est une démarche très intelligente. Et puis il s’est positionné en faveur de l’éducation culturelle et ça je trouve ça super ! »
Pour le bonheur des visiteurs de la Cité des Congrès, les Biennales Internationales du Spectacle se sont terminées par l’ouverture des Journées de Nantes organisées par Le Nouvel Observateur. À l’image de la Cité de la Réussite, durant trois jours, débats et conférences vont se succéder pour parler de la France de demain. (programme disponible sur http://tempsreel.nouvelobs.com/journees-nantes).
Belle affiche pour la soirée d’ouverture : un débat entre François Hollande et Stéphane Hessel. Le mythe du lièvre et la tortue apparaissait dans le grand amphithéâtre de la Cité des Congrès. La tortue, Stéphane Hessel, qui à 94 ans, a vendu 4,5 millions d’exemplaires de son livre Indignez vous !
Lançant le débat, Stéphane Hessel répondra à la question de Laurent Joffrin que « l’indignation ne suffit pas à mener une politique. […] Il ne faut pas accepter les choses comme elles sont, il faut s’indigner et il faut agir quand les valeurs fondamentales ne sont pas respectées ». Dès le début, Stéphane Hessel invite François Hollande à tenir une position forte dans sa campagne « plus vous serez radical dans les propos que vous allez faire, plus vous aurez une quantité large de gens à vos côtés, une quantité large de gens qui seront heureux que vous incarniez le changement ».
François Hollande, incarnant le lièvre face à l’expérience de l’ancien résistant, rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, s’amuse de répondre « Jamais je n’aurai dû accepter ce débat. Il est trop inégal, […] Stéphane Hessel a beaucoup plus que l’arme de l’indignation, il a l’arme de la morale, de la justice et de l’espérance ».
François Hollande expliquera que la crise est d’abord en Europe plus que dans le reste du monde. « Je suis indigné de voir que dans cette crise, les marchés pèsent plus que la démocratie et que la politique ne parvient pas à dominer les marchés. Pour sortir d’une crise il convient qu’à un moment, les États, par la coopération, prennent leurs responsabilités. Ce qui a manqué […] c’est que cette Europe n’a pas été en capacité de réguler une crise qui était à sa portée. Ce qui m’indigne c’est que l’intérêt de l’argent l’emporte sur l’intérêt des gens. En définitive, les politiques en place servent à rassurer les marchés plutôt que nos concitoyens. Ce qui m’indigne ce sont les inégalités qui se creusent […] et c’est cette indignation qui justifie que je sois candidat à l’élection présidentielle aujourd’hui ».
Il ajoutera que son principal adversaire n’a pas de nom, que son adversaire est la finance. « ma responsabilité c’est de dominer la finance ». Il propose ainsi une première réforme du système bancaire scindant en deux les activités de crédits et de spéculation des banques. Il poursuit en proposant d’installer une banque publique d’investissements pour le développement des entreprises. À ces propos s’ajoutera la question de la réforme fiscale pour les entreprises visant à faire que les grandes entreprises lorsqu’elles distribuent des bénéfices à leurs actionnaires soient davantage taxées. La réforme pour les particuliers également afin que les plus favorisés participent d’avantage à l’effort de solidarité.
Dans une dimension européenne Frnaçois Hollande soutient également que l’Europe doit avoir des disciplines, mais qu’elle doit aussi être un instrument de relance de la croissance et d’investissement sur les nouvelles technologies, la transition énergétique et écologique. Il suggère de revoir le mode d’intervention de la BCE (Banque Centrale Européenne) pour qu’elle prête aux États plutôt qu’aux banques. Rappelant le message qu’il reçoit à travers ses voyages dans le monde, il souligne « Si cela change en France, cela changera aussi en Europe ». Une allocution saluée par Stéphane Hessel qui le voit comme un « animateur visionnaire ».
Balayant tour à tour les questions d’emploi, d’éducation, de démocratie sociale, de constitution, de mondialisation… François Hollande, qui a mis la jeunesse au centre de ses priorités, en profite pour dire « La seule chose qui vaille est de permettre à la génération qui vient de vivre mieux que nous. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Dans les choix publics que nous aurons à faire, nous devons tout faire pour la génération qui arrive ».
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