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François de Rugy : « Notre rôle politique est de faire de l’objectivité »

En ce début d’année 2012, les projets liés à l’environnement sont nombreux sur le littoral de la Presqu’île guérandaise. Pour faire un résumé sur les sujets qui animent la côte atlantique, Media Web a rencontré François de Rugy, député écologiste de Loire-Atlantique.

Co-animateur du Groupe d'Action Parlementaire sur l'écologie, François de Rugy ne manque pas d’activité. Récemment il a montré son désaccord avec Nathalie Kosciusko-Morizet au sujet du pourcentage d’énergies renouvelables en France. Si Nathalie Kosciusko-Morizet annonce une part d’énergies renouvelables en France de 13 % et confirme l’objectif des 23 % à l’horizon 2020, François de Rugy tient à nuancer le propos. Comme il le rappelle « la loi Grenelle 1, que j’ai votée à l’époque, était un point d’appui à des initiatives environnementales qui avaient intégré le chiffre objectif de 23 % ».
Là où le bât blesse aujourd’hui, c’est sur les objectifs annoncés d’ici à 2020. Comme il le souligne « si on ne veut pas que cela soit un objectif affiché simplement dans la loi, il faut se donner les moyens de développer les énergies renouvelables et réduire la part du nucléaire. La France a initialement une part non négligeable d’énergies renouvelables si on intègre l’hydraulique ». Certains pays comme les USA ne le comptent pas dans la part des énergies renouvelables, mais la France oui.
Aujourd’hui, dans les 13 % que compte Nathalie Kosciusko Morizet, il y a 11 % d’énergies hydrauliques. Il n’y a au final que 2 % d’énergie éolienne et solaire ; ce qui est très faible. À ce sujet, François de Rugy dénonce la loi Grenelle 2, portée par Nathalie Kosciusko Morizet, qui en mettant un nombre important de nouvelles règles et normes, a freiné le développement de l’éolien terrestre. L’arrivée de Nathalie Kosciusko Morizet a vu naître un décret avec un moratoire de trois mois sur tous les projets d’énergies renouvelables. L’objectif comme le souligne le député est de « définir de nouvelles règles et normes plus restrictives et plus dissuasives, notamment sur le prix de rachat de l’énergie modulable tous les trois ans ». Comme François de Rugy l’explique « cela a gelé tous les projets et mis les PME du solaire en France dans des difficultés extrêmes ». Le secteur en effet a perdu près de 10 000 emplois en un an. Comme il le remarque « Le gouvernement a imaginé qu’il y avait une bulle spéculative sur l’énergie solaire alors il a décidé de faire un moratoire. Mais personne n’a imaginé faire un moratoire sur l’immobilier. Et pourtant la bulle spéculative est bien là ». Les deux arguments avancés par le gouvernement : une énergie trop coûteuse et des panneaux solaires fabriqués en Chine. Et pourtant, plus de 70 % de la valeur achetée est produite sur territoire français. François de Rugy explique « La France a un savoir-faire sur le solaire qui vient du savoir faire spatial, il y avait même des entreprises étrangères qui étaient prêtes à investir en France, elles ont bien évidemment été freinées par la loi Grenelle 2 ».

Balayée l’énergie solaire des PME, bienvenue à l’éolien off-shore des industriels

Concernant l’éolien off shore, sur les 10 à 15 projets qui étaient prévus le gouvernement en a retenu cinq dont celui qui concerne Saint-Nazaire. À la question « des pour et des contre » François de Rugy rappelle « Il y a des gens qui ont peur et il y a des gens qui sont contre les énergies renouvelables. Le travail à faire est d’expliquer le projet d’éolien off shore. Les oppositions, à cause des peurs, qui sont je pense sincères, ne sont pas mauvaises, elles suscitent le débat. Pour les anti-éoliens, qui sont très bien fédérés (on en trouve notamment dans les syndicats d’EDF),  ils oublient que cela va créer des centaines de milliers d’emplois ». Et de continuer « Si l’Allemagne sort du nucléaire, c’est aussi parce que son développement des énergies renouvelables lui permet de créer de l’emploi ».
De ce postulat, on imagine mal Areva et Alsthom s’engager sur des projets qui ne rapportent pas d’argent alors que ce sont les deux industriels qui se partagent le marché français. Alsthom vise notamment le territoire nazairien. « Notre rôle politique est de faire de l’objectivité » c’est la vision de François de Rugy.

Le troisième franchissement de la Loire : représentation des oppositions Nord/Sud

À la question du revirement de la position de l’État, encore contre en 2010, concernant le projet du franchissement de la Loire et de la situation du pont de Saint-Nazaire, François de Rugy répond : « On se raconte des histoires, qui au lieu d’essayer de proposer des solutions au problème préfèrent brandir le drapeau de l’opposition Nord Loire/Sud Loire. Je caricature un peu mais cela revient à ça, le franchissement de la Loire en est la représentation ».
Se souvenant de l’époque où le pont de Saint-Nazaire était payant, François de Rugy péfère s’intéresser aux vraies questions et il s’interroge. « Je préfère que nous regardions quel est le problème et qu’on se demande ''c’est quoi le sujet ''? Tout le monde n’est pas d’accord sur le sujet. Le sujet est-il le pont de Saint-Nazaire, son avenir, sa vétusté, sa capacité à faire passer des véhicules… Ou est-ce que c’est un pont entre Paimboeuf et Savenay ? ».
Peu convaincu par ce dernier, il déclare qu’ « un pont à égale distance de Nantes et Saint-Nazaire ne résoudra aucun problème de saturation. La seule fonction serait de résoudre l’accès au futur aéroport Notre-Dame-des-landes ; et encore il y aurait le problème de savoir où va déboucher ce pont. On ne fait que déplacer l’endroit de l’embouteillage ».
Et de continuer, « Est-ce que la collectivité peut se payer le luxe de financer de tels travaux pour développer une zone d’activité économique à Paimboeuf comme le justifie le maire de la commune ? Et puis à Savenay, ils ne sont pas tout à fait d’accord pour ce projet, ils se sentent déjà assez entourés par la périphérie ».
À ce sujet, il indique que la CCI avait proposé un pont un péage, et que l’État propose même de faire une concession qui ne couvrirait que la moitié du coût des travaux. L’autre moitié serait financée par les collectivités territoriales. François de Rugy, qui connait bien la situation à Cheviré notamment, se demande « Mais ce pont-là qui le prendra ? Les camions qui viennent du Nord et/de l’Est ? Ils ne vont pas prendre un pont payant qui fait faire un détour quand ils peuvent passer par le pont de Cheviré. Faudrait-il interdire la circulation des camions sur le pont de Cheviré ? Impossible… À moins de faire un péage urbain sur le périphérique de Nantes, et je ne crois pas que cela soit à l’ordre du jour ».
On comprend ici que le point fondamental qu’il défend est le franchissement de la Loire dans l’agglomération nantaise afin de réduire la saturation du périphérique. Cependant, François de Rugy ne croit pas au pont entre Indre et La Montagne «  Un pont entre Indre et La Montagne ne viserait qu’à faire un second périphérique. Une chose qui aurait des conséquences désastreuses sur le paysage et favoriserait l’étalement urbain ».
Concernant le pont de Saint-Nazaire François de Rugy préconise et lance l’idée d’ « un nouveau pont, juste à côté, avec un vrai projet de transport en commun et de liaisons douces. Diversifier les modes de franchissement me paraît plus pertinent. Pourquoi ne pas réfléchir à des franchissements par voie fluviale ? Le pont de Saint-Nazaire n’est pas une question a résoudre en trois ans, il peut tenir encore une dizaine d’années ».

Notre-Dame-des-landes : pour un référendum citoyen

Sur la question de l’accord PS-EELV, François de Rugy confirme qu’il y a eu un constat de désaccord sur Notre-Dame-des-landes. « C’est un sujet qui transcende les clivages politiques puisqu’on voit bien que même après la décision, l’action militante ne s’est pas éteinte. Personnellement, je serai favorable à un référendum citoyen sur le sujet. Si la collectivité est sûre d’être soutenue je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas favorable à un référendum. Bien évidemment, si les résultats affichent un 49 % contre et 51 % pour, il sera difficile pour elle de ne pas prendre en compte la contestation au projet ».
Quand on lui demande comment il envisage le projet, François de Rugy souligne qu’ « on peut très bien donner une dimension internationale au Grand Ouest en proposant un aéroport en binôme. Il s’agirait ici de réaménager l’aéroport de Nantes Atlantique et de réactiver l’aéroport de Saint-Nazaire avec les compagnies low-cost ». Saint-Nazaire, qui en train se situe à peine à une heure de Nantes, vise à devenir un pôle de compétence dans les énergies renouvelables. L’idée pourrait-elle faire son chemin ?

Auteur : SD | 06/01/2012 | 0 commentaire
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