C’est une table ronde aux allures de sommet social qui s’est déroulée ce jeudi matin avec une Eva Joly à l’écoute des personnes présentes. Des membres du SNU* et du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) étaient réunis pour aborder les problèmes de fond existant à Pôle Emploi et la question du chômage.
Alors que la Cour des comptes et le Conseil d’État s’étaient exprimés défavorablement à la création de Pôle Emploi voulue par Nicolas Sarkosy, trois ans et demi après, les syndicats dénoncent la dégradation du service public. Avec une augmentation de 35 % des demandeurs d’emploi en trois ans, le constat est alarmant. La crise économique se répercute à Pôle Emploi avec une marchandisation et une privatisation des métiers de Pôle Emploi. Le ton est tout de suite lancé pour Eva Joly qui arrive en remerciant l’intégralité des personnes venues participer à ce débat. « Nous revendiquons un plan d’urgence pour Pôle Emploi, qui est aujourd’hui un service low-cost sans aucun contact personnalisé avec les demandeurs. Nous dénonçons une logique commerciale de rapport aux usagers qui ne peut pas fonctionner » explique Jean-Charles Steyger, représentant national du SNU-Pôle Emploi.
De son côté, Eva Joly souhaite en parlant aux représentants de Pôle Emploi « écouter ce que vous avez à dire car vous êtes le premier réceptacle des conséquences de cette crise. Vous êtes la digue de cette société face à la crise de l’emploi ». Jean-Charles Steyger continue en soulignant à propos du sommet social « les dernières propositions de Monsieur Sarkozy sont indigentes par rapport à la situation. Il y a 41,5 % - ce sont les chiffres officiels datés de novembre, de demandeurs indemnisés - cela signifie que les autres demandeurs sont soit aux minima sociaux soit ne touchent rien. Aujourd’hui, un nombre important de personnes renoncent à s’inscrire à Pôle Emploi car elles ont la sensation que cela devient un contrôle social, alors que nous devrions avoir une mission d’utilité, d’accompagnement et d’insertion professionnelle. Il y a clairement une contradiction politique et budgétaire.»
Le syndicat dénonce l’effet d’annonce de Nicolas Sarkozy préconisant d’embaucher 1000 personnes supplémentaires pour Pôle Emploi alors que 1800 personnes ont déjà dû quitter la stucture, à travers la non-reconduction des contrats à durée déterminée notamment. C’est un problème de moyens comme le soulignent les représentants de façon unanime « Aujourd'hui, vu la charge de travail qu'on a, les demandeurs d'emploi sont contraints de passer par les plateformes téléphoniques et le site internet. Il n’y a plus de contact, et pourtant tout le monde n’a pas internet chez soi ! ». Par ce débat, les syndiqués attendent de la candidate qu’elle s’imprègne des réalités de l’interne.
Face à ce constat, Eva Joly souligne « Vous êtes dans une situation dramatique au regard du nombre croissant de personnes auxquelles vous avez à faire. Aucune institution ne peut résister à ce type de crise dans un mode ultra-libéral comme celui mis en place par Nicolas Sarkozy ». Au fil de la discussion elle s’intéresse au traitement des dossiers, demandant combien de temps prenait le traitement d’un cas pour un demandeur d’emploi.
Patricia Judic, agent Pôle emploi et élue au CHSCT, rappelle que « le temps de prise en charge pour un demandeur est long. À la rentrée de septembre-octobre 2011, il fallait compter plus d’un mois. En moyenne c’est trois semaines pour un premier rendez-vous mais il faut après que le dossier soit étudié. Par ailleurs, le taux d’arrêt maladie en région Pays de Loire a explosé à Pôle Emploi, il faut savoir que les portefeuilles par agent sont extrêmement conséquents. Un agent en zone rurale suit mensuellement entre 98 et 200 demandeurs d’emploi, en zone urbaine c’est 160 à 280 par mois. Certains responsables d’agences gardent en stock un certain nombre de demandeurs que les conseillers ne peuvent plus recevoir tellement ils sont saturés ».
En Pays de Loire, il y a 134 000 personnes en recherche d’emploi. Le taux a augmenté de 4 % en un an. De ce chiffre se dégage un phénomène alarmant, la précarisation des femmes, le taux de chômage des femmes en Pays de Loire a augmenté de 5 %. Les plus de 50 ans dans la région représentent 13,5 % des demandeurs d’emploi.
La casse du service public : conséquence de la rentabilité à tout prix
Valérie Hoingne, déléguée syndicale du SNU et secrétaire régionale adjointe du SNU Pays de Loire explique « Il existait avant la fusion ASSEDICet ANPE des permanences dans les zones rurales qui n’existent plus maintenant. Du coup, pour l’accompagnement, on transfère les dossiers aux opérateurs privés de placement, qui on le sait, sont moins bien formés au conseil. Les collègues de l’indemnisation sont mis dans les mêmes difficultés à savoir beaucoup de dossiers sont à traiter sans qu’ils aient assez de temps pour le faire. Au final, ce temps de conseil à l’emploi et d’informations sur les indemnisations, les demandeurs ne l’ont plus ! Le SNU Pôle Emploi a toujours revendiqué la titularisation des CDD pour avoir une vraie refonte et une vraie pensée du service public. Nous ne sommes plus en capacité de répondre en tant qu’agents. Pour les CUI/CAE** par exemple, les informations sur le traitement ont changé trois fois en 15 jours et nous, les agents, ne sommes même pas mis au courant de tout ça ! ».
Eva Joly, qui scrupuleusement prenait des notes, répond « Les pressions, les arrêts de travail traduisent un mal de vivre, une souffrance au travail réelle et c’est très certainement lié à la perte de sens. Quel sens pour un agent de faire tourner une machine avec 180 dossiers lorsque l’on n'a pas le temps de rencontrer les chômeurs ? C’est exactement ce qui s’est passé à France Télécom, on passe d’un service public à un critère de rentabilité et c’est une vraie souffrance pour les agents qui aimaient leur travail, qui aimaient aider ».
Elle affirme ici une position qui va à l’encontre des déclarations du nouveau Directeur Général de Pôle Emploi, Jean Bassères, qui vise à faire de la fusion un système « efficient, rentable et productif ». Les mots prononcés lors de son discours d’investiture à la tête du service n’ont pas fait l’unanimité au sein du syndicat qui dénonce « une fusion broyant des chômeurs et des agents de la reconstruction. C’est un problème d’orientation politique inacceptable au regard des publics en souffrance. Une double sanction est infligée : le chômage et l’absence de service adapté aux besoins. La dématérialisation des courriers sous couvert de développement durable, c’est compliquer encore les choses pour les demandeurs. On a des obligations qu’on ne remplira plus pour les demandeurs et c’est encore un nouveau moyen de faire de l’exclusion sociale et de la radiation ». Le SNU Pôle Emploi propose de son côté une solution qui consisterait à réfléchir sur la mise en place d’une convention d’assurance chômage qui couvre 100 % des chômeurs et souhaiterait discuter d’un revenu universel tout au long de la vie, que l’on soit au chômage ou en activité. Une mesure qui vise à tranquilliser les liens entre le service public et les usagers.
À cette initiative Eva Joly ajoute « J’entends ce que vous dites, nous, nous sommes pour la formation tout le long de la vie, la formation comme un droit commun, nous l’avons chiffrée dans notre programme. Nous proposons huit années « capital formation » pour chaque citoyen tout au long de sa carrière. Je souhaite la sanctuarisation du service public car je suis contre la casse du service public. On va arrêter de faire des économies pour la rentabilisation. Vous êtes vraiment la première digue contre le mal vivre et le chômage, il est très important que vous puissiez satisfaire les demandeurs et les indemniser non pas en six ou huit semaines mais moins d’un mois. L’indemnisation remplace le salaire car comme nous avons à faire à une population de plus en plus précarisée, elle n’a généralement pas d’épargne de précaution et ne pas avoir de revenu pendant un mois ou deux cela augmente la souffrance et l’angoisse ». Et de continuer « La situation ici est totalement insupportable et il est urgentissime qu’on crée les vrais postes pour faire face à l’augmentation du chômage. On voit bien que les critères mis en avant par le nouveau Directeur Général sont absolument des critères libéraux. Moi je lutterai de toutes mes forces contre cela ! Rendre les chômeurs et les malades coupables d’être au chômage, c’est ce que sous-entend le Directeur Général ».
À travers son programme, Eva Joly explique qu'elle a la volonté d’aider tous les jeunes. Elle propose une allocation de 600 € pour les jeunes de 18 à 25 ans qui comme elle le souligne « ne modifierait pas votre travail – en parlant aux agents – mais qui aiderait les familles ».
Quand on l’interpelle sur la situation des femmes souvent discriminées et cantonnées dans des emplois précaires, Eva Joly soutient « j’ai suggéré que les entreprises qui pratiquent la discrimination salariale soient privées de fonds publics. C’est comme la construction, comme les communes qui disent nous préférons payer l’amende plutôt que de construire des logements sociaux, ceux qui ne remplissent pas les critères de 20 à 30 % n’obtiendront plus de permis de construire. Pour les entreprises, il n’y aura pas de déductibilité de frais de recherche si n’y a pas d’égalité salariale homme/femme. Le temps de l’incantation et des prières est terminé ».
Eva Joly se voit porteuse d’une autre politique industrielle, qui crée de l’emploi assurant que « nous pouvons créer près d’un million d’emplois d’ici 2020 si nous nous engageons dans la transformation écologique de nos industries, c'est-à-dire une montée en puissance d’économie d’énergie puisque l’isolation des bâtiments créera 400 000 emplois. Les énergies renouvelables comme les éoliennes, le biogaz, le photovoltaïque, tout cela sont des secteurs porteurs où nous pouvons dégager des emplois de l’ordre de 400 000 net. On va arrêter de draguer les ports par exemple, on va traiter les boues à terre, cela fait de l’emploi. Ce sont des situations où tout le monde sera gagnant : une réduction du CO2, une réduction des factures des ménages et de la création d’emploi. Mais je sais que dans le temps de crise que nous passons, faire cet effort d’imaginer ce que serait l’avenir sans le nucléaire c’est encore beaucoup demander à la population .»
à cela Jean-Philippe Magnen, conseiller emploi d’Eva Joly, ajoute « Sur notre territoire avec les chantiers navals et l’éolien, cela va créer 2500 emplois net. De fait il va falloir accompagner les transitions professionnelles ».
Au terme de cette rencontre, Eva Joly confirme son idée de penser l’emploi autrement. Elle rappelle également « ce qui me plaît le plus quand je rencontre aujourd’hui les syndicalistes, c’est qu’ils commencent à comprendre que ce sont les écologistes les vrais défenseurs de l’emploi. Dans ma république exemplaire, la relation humaine sera au centre, il faut restaurer les liens sociaux et instaurer partout des dialogues. Le mépris est inadmissible et ce que je veux vous dire, c’est que dès que nous arriverons au pouvoir et je l’espère, nous suspendrons toutes les réformes en cours et remettrons à plat le Pôle Emploi ».
* Le Syndicat National Unitaire membre de la FSU (Fédération Syndicale Unitaire), représentant les personnels de la fonction publique.
** Contrat Unique d’Insertion / Contrat d’Aide à l’Embauche
Le 22/01/2012 par Segrais dans
François Hollande à Nantes : une Cité des congrès pleine à craquer
Le 18/01/2012 par ert dans
Mélenchon donne la leçon dans un Zénith de Nantes surchauffé
Le 28/12/2011 par Georgette B dans
Hervé Morin est bien candidat à la présidentielle
Le 01/12/2011 par DANIEL dans
François Hollande ne sera pas le nouveau Jospin de la Gauche plurielle
Le 29/11/2011 par Eloise dans
Hervé Morin est bien candidat à la présidentielle
Média Web