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Elections européennes 2019 Raphaël Glucksmann candidat avec le PS : « voilà pourquoi j’ai décidé d’y aller. »

Le Parti Socialiste a décidé vendredi d’investir Raphaël Glucksmann, essayiste et cofondateur de Place publique, comme tête de liste pour les élections européennes. La liste comportera pour moitié des socialistes. Raphaël Gluksmann explique son choix.
Raphaël Glucksmann
Raphaël Glucksmann

« Les décisions les plus importantes sont souvent les plus difficiles à prendre car elles demandent de plonger au plus profond de soi-même.

Nous aurions pu, à Place publique, nous contenter de laisser la Bérezina annoncée advenir et publier un manifeste puissant au lendemain d’un 26 mai sinistre proclamant fièrement « on vous l’avait bien dit ». Face à la résilience des appareils et la prééminence des égos, l’idée, si l’on est honnête - et la sincérité est le seul bien que personne ne pourra jamais nous ôter - a traversé tous nos esprits. Et le mien évidemment. Je me suis vu écrire un article pour « le Monde » du 27 mai fustigeant chacun pour le fiasco commun, avec le sourire suffisant de celui qui se pose en surplomb et avec comme titre une rengaine déjà mille fois utilisée par moi comme tant d’autres: « la gauche la plus bête du monde ». J’aurais eu deux mois pour soigner les formules et l’article aurait eu son petit effet.

C’eût été faire preuve de bassesse.

Nous aurions pu nous résigner, revenir dans nos meubles. Et ils ne sont pas désagréables ces meubles. Je vous jure qu’il n’y a pas de position plus confortable que de décrire la médiocrité du monde et des autres sans jamais avoir à se soumettre soi-même à l’épreuve du feu et des faits. Souvent, la nostalgie de ce confort m’a fait hésiter, excitant en moi la part d’égoïsme que nous avons tous en chacun de nous.

C’eût été faire preuve de lâcheté.

Si j’avais renoncé, si j'avais laissé cette joie mauvaise - schadenfroh disent les Allemands - des commentateurs cyniques glacer nos élans, mes mots auraient perdu leur sens, mes paroles leur valeur, mes écrits leur signification. A mes propres yeux d’abord. Car que vaut l’alerte de celui qui ne risque rien quand vient le moment de tout risquer ?

Si l’on pense - et je le pense - que notre monde est en péril et qu’en 2030, il basculera dans l’irréversibilité de la catastrophe climatique si tout ne change pas, alors tout doit être tenté pour que cela change.

Si l’on pense - et je le pense - que nos démocraties sont menacées, ébranlées par le néo-libéralisme et la vague nationale-populiste qu’il nourrit, alors tout doit être tenté pour briser le face-à-face mortifère entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Tout doit être tenté pour offrir une alternative crédible aux citoyennes et aux citoyens.

Si l’on pense — et je le pense — qu’il faut être aux côtés des dominés et des déclassés qui subissent au quotidien la violence sociale, aux côtés des minorités pour défendre leurs droits et leur dignité, alors tout doit être tenté pour reconstruire une République respectant les principes qu’elle proclame au fronton de ses mairies.

Si l’on pense - et je le pense - que ce « Nouveau monde » est non seulement chimérique, mais aussi dangereux, que le clivage gauche - droite conserve sa pertinence, que la puissance publique doit être relégitimée, que mépriser les corps intermédiaires revient à mépriser les piliers de notre démocratie, alors tout doit être tenté pour revitaliser une offre de gauche crédible.

Si l’on pense - et je le pense - que le projet européen est notre avenir, souhaitable et nécessaire, et qu’il est aujourd’hui menacé de dislocation, d’anéantissement, alors tout doit être tenté pour lui redonner sens. Tout doit être tenté pour fonder sa légitimité non plus simplement dans les tragédies du passé - la mémoire ne tiendra jamais lieu de projet politique et l’Europe est le projet le plus politique qui soit - mais dans les tragédies présentes et à venir.

Nous avons un besoin vital de l’Union Européenne pour lutter contre le réchauffement climatique, pour imposer des règles au commerce international et des amendes à Google ou Apple, pour mettre fin aux paradis fiscaux, pour défendre un modèle social différent, fondé sur la préservation des services publics et non plus leur démantèlement, pour accueillir et non plus chasser les exilés, pour affirmer nos libertés publiques dans un moment de recul généralisé,…

Tous nos combats, toutes nos luttes demandent, exigent l’Europe. Mais une autre Europe que celle de Juncker ou Schaüble. C’est là l’horizon de ma vie: l’Europe comme projet humaniste et non plus comme construction technocratique ou comme rêve de banquiers. L’Europe comme idéal politique.

Alors je suis fier de pouvoir porter ce combat des élections européennes. Fier de le faire en tandem avec Claire Nouvian, combattante infatigable pour la survie des océans et de la biodiversité, lauréate du Prix Goldman (l’équivalent du Nobel de l’écologie) et cofondatrice de notre mouvement. Fier de le faire avec tous les membres de Place publique qui animeront la campagne. Fier de le faire, enfin, avec toutes les forces politiques qui épousent les 10 combats communs pour l'Europe que nous avons identifiés et qui ont rejoint, rejoignent ou rejoindront la campagne. Sans exclusive car toutes celles et tous ceux qui sont d’accord sur le fond devraient pouvoir mener la lutte ensemble: la liste que nous formerons restera ouverte. Si l’on perçoit le tragique du moment et notre faiblesse mutuelle, comment garder jalousement l’entrée de nos si petites chapelles respectives, scrutant les habits des uns et des autres, les yeux rivés sur le passé, l’âme bouffie de sectarisme?

Je lis, j’écoute les critiques. Mais je me réjouis que le Parti Socialiste s’engage à nos côtés sur les 10 combats fondamentaux qui vont être le coeur de notre campagne, de l’exception écologique au libre-échange à l’accueil des exilés ou au droit opposable aux services publics. Je suis heureux de la ligne courageuse portée par Olivier Faure rompant avec la tradition des grandes coalitions avec la droite européenne. Je suis heureux de faire campagne avec toutes les militantes et tous les militants socialistes à travers la France.

Je sais quels furent mes engagements de 2012 à 2017, sur le traitement des réfugiés et la déchéance de nationalité notamment. Je sais quelles furent mes colères contre le gouvernement de François Hollande et Manuel Valls sur ces sujets pour moi si fondamentaux. Je ne les renierai jamais et, au contraire, je me réjouirai toujours que ceux qui n’étaient pas d’accord changent d’avis ou que ceux qui ne s’en préoccupaient pas s’en préoccupent désormais. J’ai moi-même raté tant de combats importants ou découvert tant de luttes capitales sur le tard que je sais qu’il faut donner mille fois plus d'importance à la clarté de la direction que l’on prend ensemble qu’au caractère immaculé de nos CV respectifs.

L’Europe est trop fondamentale, la survie de la gauche trop importante à mes yeux pour qu’on continue chacun dans son coin. Au-delà de cela, les critiques ont raison sur un point: je suis un indécrottable « soc-dem ». Je ne participerai jamais à l’irresponsabilité générale - des libéraux aux populistes ou aux révolutionnaires de pacotille - de toutes celles et tous ceux qui annoncent la mine réjouie la mort de la social-démocratie. Car je suis profondément convaincu qu’il n’y a pas de gauche sans social-démocratie. Plus encore: qu’il n’y a pas de démocratie en Europe sans social-démocratie. Blum, Mendès, Rocard étaient sociaux-démocrates. Ils sont mes modèles depuis toujours. Voilà la filiation qui est la mienne. Aujourd'hui, cette social-démocratie est en crise. Partout. La régénérer et la dépasser dans une social-écologie ambitieuse, voilà notre mission commune.

J’entends, je lis aussi les critiques sur ma personne et mon parcours. Je n'y réponds pas d’habitude, c’est une règle de survie physique et mentale, mais permettez moi de séparer ce qui diffame de ce qui critique. Double exemple au hasard des dernières publications: 1/ non, je n’ai jamais été séduit par Emmanuel Macron : il suffit de lire ce mur pour le savoir et se rendre compte que je ne l’ai soutenu que pendant 15jours dans l’entre deux tours en bon « castor » constructeur de barrages qui espère ne plus avoir à l’être justement. On n'y reviendra pas car évoquer mon supposé « macronisme » s’appelle simplement un mensonge. 2/ oui, je me suis engagé pendant des années en Géorgie et en Ukraine aux côtés de peuples menant des révolutions anti-Poutine, au nom de cet idéal démocratique et européen qui m’a toujours guidé et qui est en fin de compte le vrai fil conducteur de tous mes engagements. Sur cela on pourra revenir aussi souvent que nécessaire au contraire, car cela s’appelle un débat de fond. Il divise à gauche? Tant mieux car les divisions de fond sont légitimes.

Alors voilà, je me lance: nous nous lançons dans un combat difficile et enthousiasmant. J’y vais. J'y vais avec envie et en même temps inquiétude. Humblement car tout cela est nouveau et je ne sais pas si je serai à la hauteur des enjeux. A toutes celles et tous ceux qui sont d’accord, je demande votre aide, votre enthousiasme, votre indulgence aussi si je me plante parfois. A toutes celles et tous ceux qui ne sont pas d’accord, je nous souhaite à toutes et tous un bon débat démocratique. Savoir quelle Europe nous voulons et comment nous voulons la construire: voilà l’enjeu des semaines qui viennent. Je ferai tout pour faire entendre la voix de celles et ceux qui rêvent d’une Europe sociale, démocratique et écologique. Et la porter aussi haut que possible. »

Sincèrement,

Raphaël Glucksmann

18/03/2019 | 1 commentaire

Vos commentaires

#1 - Le 18 mars 2019 à 21h43 par Pierre Lasquellec, Cherbourg
Cette candidature est une très bonne idée pour remobiliser la gauche et le PS. On attend le programme.

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