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Edwy Plenel, le patron de Mediapart persiste et signe

Invité par les « Rendez-vous d’Atlantia » à La Baule, pour présenter son dernier ouvrage, « Le président de trop », Edwy Plenel, cofondateur du site d’informations en ligne Médiapart, nous a accordé un entretien exclusif au cours duquel il répond sans détour à nos questions. Le « lanceur d’alertes », comme il aime à se définir, a une nouvelle fois frappé avec ses révélations sur les projets de quotas raciaux au sein de la Fédération Française de Football. Et comme pour l’affaire Bettencourt, Edwy Plenel est catégorique : Médiapart a établi une relation de confiance avec ses lecteurs et possède les preuves de ce qu’il affirme.

Ce n’était pas gagné d’avance pour celui qui fût l’un des piliers du journal « Le Monde » pendant 25 ans, de venir en terre Sarkoziste, pour défendre son livre : véritable réquisitoire sans appel contre le régime présidentiel et ses dérives depuis ces quatre dernières années. Pourtant, l’homme au regard malicieux s’en est bien sorti, impressionnant même l’auditoire. Et que dire du moment ? Car depuis vendredi, Médiapart fait trembler les murs d’une autre institution sacrée au sein de cette République qui réclame du pain et des jeux : la Fédération Française de Football.
Après Bettencourt, mythe d’une réussite dynastique à la française, après Karachi, mythe de cette France qui cache derrière ses « Secrets Défense » les ventes d’armes qui la place au 3e rang mondial des vendeurs de mort, après le système Guérini, mite qui vient percer les poches d’un Parti Socialiste aux mains propres, Mediapart, cette PME de l’information, montre une nouvelle fois que dans ce monde, tout ne tourne plus tout à fait rond... Même pas les ballons ! Pour Edwy Plenel, l’enchaînement est logique : « Tout part du haut et c’est comme une gangrène. Avec son discours de Grenoble, la politique sur les immigrés, l’identité nationale, Hortefeux et Guéant, on insinue dans la société un poison qui fait effet. A force d’entendre qu’il y a trop de noir en équipe de France, que cela dérange, il ne faut pas s’étonner d’en arriver là ».
Vendredi et ce samedi, les dirigeants du football, unis comme les doigts de la main et à l’unisson tels les  supporters dans un virage, s’offusquent, s’indignent et s’érigent en gardiens des valeurs. Pour Fernand Duchaussoy, les révélations de Médiapart sont honteuses et mensongères. Pour Laurent Blanc, c’est comme s’il débarquait d’une autre planète. Pour Didier Deschamps, c’est catégorique : « C’est impossible ! ». Oui mais voilà, Mediapart n’est plus le premier venu dans l’espace médiatique, on est loin du blog tenu par des étudiants. Mediapart est crédible, sérieux, et s’il a été attaqué en justice, il a toujours gagné. Les politiques, Nicolas Sarkozy en particulier, s’y sont déjà cassé les dents.
Edwy Plenel est formel : « Il va de soi que nous possédons les preuves de ce que nous avançons ! C’est mon travail de vérifier que les informations que nous publions sont sûres. C’est comme cela que nous avons gagné la confiance des lecteurs. Nous avons toujours gagné nos procès ». Pour le journaliste, le processus est bien établit : « Nous alertons et les personnes visées nient. On sait que cette information va lancer une polémique. C’est une guérilla qui commence. Si nous devons montrer nos preuves, nous le ferons en justice lorsque la FFF nous aura attaqués pour diffamation. Parce que nous devons également penser à protéger nos sources, et évidemment, elles proviennent du sein même de la Direction Technique Nationale ».
Les derniers événements donnent raison au directeur de Médiapart, même si de part et d’autre, on invoque le sacro-saint principe de précaution lorsque la ministre des sports, Chantal Jouanno, annonce la suspension à titre provisoire du DTN, François Blaquart. La Fédération Française de Football nie, mais déclenche une enquête interne. Ce samedi matin, Mediapart rapporte in extenso, les propos et les vifs échanges entre Francis Smerecki, entraîneur des moins de 19 ans Français, et Laurent Blanc, le sélectionneur de l’équipe de France. Le premier reproche au second de ne pas réagir face à la politique des quotas raciaux proposée par la DTN. C’est confondant, honteux, et en fait, cela tient plus de la bêtise que du racisme. C’est bien ce que pointe du doigt Edwy Plenel : « Qu’est-ce qu’on laisse s’installer comme climat en France ? Quelles sont les conséquences de certaines paroles prononcées au plus haut sommet de l’Etat ? » questionne-t-il. La réponse saute aux yeux.

Edwy Plenel…

- Comment doit-on vous définir aujourd’hui ?
Je suis journaliste,  c’est mon métier. Je suis également directeur et cofondateur de Médiapart.

- Mediapart, c’est quoi au juste ? C’est l’information qui s’est adaptée aux nouvelles technologies ?
Oui, certains disent qu’internet est un danger pour l’information et les journalistes. Je ne le crois pas. Mediapart est une PME de 37 salariés, c’est un laboratoire de recherches. Nous sommes loin des caricatures. Comme je le dis, nous sommes des lanceurs d’alertes, nous informons les citoyens parce qu’ils doivent être informés, pour savoir ce qui se passe, et  ainsi choisir leurs dirigeants en connaissance de cause.

- Comment l’interactivité du net, avec la participation des lecteurs aux commentaires et aux débats, influence-t-elle le travail de vos journalistes ?
C’est certain, les lecteurs peuvent nous critiquer, mais aussi nous interpeller. Les journalistes y participent mais il faut une certaine limite. Les lecteurs ont apprivoisé cet espace, ça nous oblige à rendre compte, à rendre des comptes. Il ne faut pas en avoir peur, c’est l’occasion de tisser des liens avec le public. Cela fait partie de la relation de confiance que nous avons avec eux.

- Est-ce que nous sommes entrés dans l’ère de la marchandisation de l’information ?
Je  n’aime pas ce terme. Mais, oui, je dirige une société qui doit générer de l’argent pour vivre. On nous reproche parfois un « crescendo » dans le dévoilement de nos informations, mais ce n’est pas comme ça qu’il faut l’analyser. On ne sait pas à l’avance quelle proportion va prendre une affaire. L’information n’est pas une marchandise comme une autre.

- La presse française serait un peu comme « un comateux sous perfusion de l’Etat », qu’en pensez-vous ?
C’est une évidence ! La presse génère un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros, dans lesquels il y a un milliard de subventions. On ne peut pas penser que cette dépendance permet de faire de la bonne information.

- Quel regard portez-vous sur la presse française ?

Honnêtement, je ne peux pas me permettre de faire un jugement global sur la presse. Chacun fait en fonction des ses moyens et de ses contraintes.

- Vous critiquez sévèrement certains de nos collègues (Franz-Olivier Giesbert, Nicolas Domenach, Eric Zemour, notamment) pour leur proximité avec le Président de la République, pourquoi ?
Parce qu’on ne peut pas faire sérieusement ce métier et avoir une relation de confiance avec les citoyens lorsque l’on tutoie le Président de la République et que l’on parle plus du Sarkozy intime pour expliquer sa politique que de vrais choix de société.

- Etes-vous l’ennemi intime de Nicolas Sarkozy ?
Je ne crois pas. Je n’ai rien contre Nicolas Sarkozy personnellement, c’est le système présidentiel que je critique et que je trouve dangereux pour notre démocratie. Nicolas Sarkozy, c’est notre portrait de Dorian Gray à nous. Et si l’on n'y prend pas garde, il est ou sera notre autoportrait.

- Après Sarkozy, vous vous attaquez au football, pourquoi ? Et comment en êtes-vous arrivez là ?
Ce n’est pas le football que nous attaquons. Tout est lié. C’est le poison que nous dénonçons. Je suis Breton, j’ai grandi en Afrique du Nord, j’ai vécu longtemps aux Antilles, je suis marié à une juive d’Europe de l’Est.  Comme chaque Français, je suis issu d’une culture mêlée. Si nous cherchons bien, nous sommes tous des enfants d’immigrés.

- Vous stigmatisez la « virulence » du débat public par le comportement de Nicolas Sarkozy, indigne selon vous d’un Président de la République. Et vous, lorsque vous assenez vos arguments devant des gens qui ont crû ou croient encore à Nicolas Sarkozy, n’êtes-vous pas violent ?
Absolument pas ! Je ne suis pas violent, je suis radicalement démocratique. Je suis un entêté, et j’ai gagné ce droit parce que je n’ai pas été tendre non plus avec Mitterrand et Chirac. Cela m’a valu les écoutes téléphoniques, les intimidations, les procès. Et pour ce qui est de Sarkozy, bien des choses que je dis aujourd’hui, je les disais déjà en 2006.

- Allez-vous faire de la politique ?
Sûrement pas, on ne me prendra pas à ce jeu-là !

Auteur : YOANN DANIEL | 30/04/2011 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 11 mai 2011 à 11h34 par Bob
Quel beau parleur cet Edwy Plenel. On le voit partout en ce moment, tout le temps. Même nos journaux locaux lui donnent la parole. Je l'ai vu dans Presse Océan et L'écho de la Presqu'île, j'imagine que Ouest-France a dû faire un article aussi. Je voulais donc juste vous faire remarquer qu'il est amusant de lire "entretien exclusif".

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