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Dieudonné : la loi pour tous

Antisémitisme, liberté d'expression, humour, censure, négrophobie, esclavagisme, tout passe dans la cuisine de Dieudonné qui sait y faire pour associer les saveurs, les opposer surtout et organiser sa promotion.

Dieudonné est un grand chef, il a gagné ses étoiles en changeant d'établissement chaque fois que son talent dépassait les murs de sa cuisine. Depuis que les tours de New York ont disparu il fait plutôt dans le croissant en pièce montée. Il sucre à la canne en souvenir de « ses frères » trimballés comme esclaves. Chaque jour on nous le répète la cuisine est une affaire de culture,  il faut la « comprendre », et « maîtriser les techniques ». Pour l'humour c'est pareil, le foot, le racisme, l'argent, l'antisémitisme, le sexe, la religion, la politique, la famille sont aussi « de bons produits de base ».
Ensuite on « revisite » à sa manière ou  on « révisionne » quand il s'agit de la Shoah avec le saucier Faurisson.
Le côté futé de la cuisine de Dieudonné ?  Aux bons légumes de la soupe  populaire,  il ajoute son aspartame « la rebellitude ». Il « signe » son plat par une particularité qui « lui donne du volume » au moment de servir « il ajoute le spectaculaire » comme on flambe les cerises ou on ajoute la cartouche d'azote liquide au dessert.

Chez Dieudonné chacun trouve ce qu'il veut, le geste « rebelle » pour les rapides de la révolution, pas d'idées, elles seraient bien inutiles. « Anti-système » chacun mettra dans un sac vide ce qu'il voudra : le sexe pour ceux qui en rêvent, l'impression « troupeau de moutons » pour les malades de solitude qui s'agglutinent sur quelques blagues bien rodées, persuadés « que c'est tellement vrai », la haine des riches, habilement dirigée, ou un gros os à ronger pour les chercheurs de l'insulte sexiste ou à caractère raciste. Mais le sac vide est aussi bon pour récupérer « la défense de la liberté d'expression » pour ceux qui s'insurgent contre la censure, et qui montent sur scène à l'occasion, les mêmes qui viennent de faire interdire un livre au nom « de la vie privée ». Dieudonné offre aussi le « doggy-bag » : service parfait et très malin, en se « victimisant », il se place sous la protection des chevaliers blancs.

Si le chef Dieudonné sert des produits pourris, que la justice épluche ses textes, analyse ses termes, relève les propos douteux, goûte et juge ; comme pour Jean-Marie Le Pen récemment avec ses propos sur les Roms, ou  en son temps Timsit sur les trisomiques. S'il est condamné, il l'est, sinon qu'on le laisse finir son service. Si la cuisine du chef n'est pas mangeable, qu'on ferme l'établissement pour raisons sanitaires, pour l'instant il reste des places avec formules « de 32 à 43 € » pour de nombreuses dates. Et tous, nous en vendons les billets, comme Valls et Hollande, les meilleurs agents du fantaisiste.
Depuis les fesses de Polnareff, on a rarement fait mieux pour la promotion d'un spectacle.
 

La quenelle honteuse

Les signes de reconnaissance sont « des calories psycho-affectives » expliquent les « managers », qu'ils soient politiques militaires religieux ou économiques. En « identifiant » ses clients qui en ont bien besoin perdus qu'ils sont pour certains, en les mettant comme en réseau, Dieudonné leur offre l'illusion d'une existence dans un groupe, mais lequel ? Pour rappel : quenelle : petite saucisse, ou  petite boulette dit le dictionnaire. Pas de quoi en faire un pâté*.
Quand le signe de reconnaissance est une sorte de bras d'honneur timide et "débandé" ou un  salut nazi « à l'envers », lâche et sournois pour ne pas être puni quand il est effectué en public et comme par hasard devant les noms de victimes du nazisme, on s'interroge. Quelle est donc cette posture ? La récupération d'un serment franc maçon ? Une image phallique ? On est bien loin de l'image d'un vigoureux et flamboyant braquemart* avec cette triste chose molle et blanchâtre. Alors que le V de la victoire, monte ses bras vers le ciel, que le poing levé indique la détermination, quelle signification de conviction, de changement pour un monde meilleur, porte ce minable signe « anti-système » fait par un footballeur surpayé  ? Pas celle de la joie sportive « débordante » de gagner contre un adversaire reconnu en l'occurrence, seulement l'affichage d'une brutalité sexuelle dominante imbécile et humiliante. Pas besoin d'être antisémite ce geste pour être déjà  inacceptable. Le malheureux footballeur et quelques autres personnages « à la mode » ont présenté des excuses, « ils ne savaient pas ». Facile et déjà entendu.


 

La grande cuillère

Alors ne rien faire, ne rien dire ? Non. Notre liberté passe par notre capacité à refuser ce qui nous conduit à la honte, chaque fois : Shoah, Rwanda, Yougoslavie, Vietnam, Algérie, Harkis, Palestine etc..

Il existe des lois en France, pas besoin d'en fricasser une vite fait, type recette minute du dimanche soir avec les restes du frigo, façon Sarkosy, pour répondre à un fait divers. Le Monde du 31.12.2013 explique ce qu'il est possible de faire, ou pas pour interdire le spectacle de Dieudonné.
Pas besoin d'autant de tapage*, il suffit d'avoir le courage d'appliquer notre loi.
Pierre Desproges disait "qu'on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui". L'intérêt de cette polémique est qu'elle montre bien, ceux qui en rient, mais surtout ceux qui ne disent rien ou ceux qui ont besoin d'autres lois, ceux qui ne savent pas si.., qui ne savent pas quoi. Le soir du réveillon par exemple, Laurence Garnier UMP qui pourtant multiplie les déclarations, ces temps-ci pour cause de municipales faisait savoir qu'elle serait à la "rencontre des Nantais", mais garde toujours un silence prudent sur l'annulation du spectacle à Nantes… proposée par le maire socialiste.
Ceux-là diront plus tard comme Anelka « qu'ils ne savaient pas ». Pendant ce temps, les mêmes qui ont voulu s'approprier les couleurs du drapeau, clament qu'ils défendent la liberté d'expression ; une place est libre, ils la prennent. La liberté d'expression est « pour tous », Dieudonné compris, et elle doit être défendue « par tous », la dignité de ceux qui se sentent insultés aussi, et c'est pourquoi les associations ne tiendraient pas leur rôle si elles ne réagissaient pas. 

En ne faisant rien, nous acceptons d'être invités à la table du Diable, sommes-nous sûrs d'avoir une assez grande cuillère ? En nous "indignant" nous défendons la liberté de tous.  C'est pourquoi nous devons demander un arbitrage sur ce sujet et à qui, sinon à la justice ? Pas moins, mais pas plus.



*les quenelles en cuisine sont très utilisées pour garnir des pâtés chauds

* braquemart : épée courte à double tranchant, pénis en argot,

* nous avons bien conscience d'y participer...

Auteur : LY | 03/01/2014 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 03 janvier 2014 à 19h36 par UMPHilare
Rester dans le cadre des textes existants, n'accepter aucune loi de circonstance dont l'usage se révélerait rapidement liberticide, répondre inlassablement mais sur le fonds , comprendre le désarroi de ceux qui se réfugient dans ces bras-là car leurs élites, dirigeants, élus, les ont abandonnés!
Quand vous visez la Palestine dans votre énumération historico-geographique vous visez bien les exécutions sommaires par le Hamas et autres de ceux qui leur déplaisent, n'est-ce pas ? car sinon où est votre différence avec Dieudonné?

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