Enfin, ce mercredi 15 février 2012, le casting de l’élection présidentielle est complet. Nicolas Sarkozy, président-candidat pendant cinq ans, devient officiellement candidat-président. Il fait partie des favoris et il lui reste environ 70 jours pour convaincre ses compatriotes de lui signer un nouveau bail à l’Élysée (dernier sondage Ipsos : 26 %). Mais son entrée à retardement dans la course le place inéluctablement dans la position de « chasse patate », un terme emprunté au jargon cycliste. En quelque sorte, il est largué par l’échappé Hollande (31 %), et sous la menace du retour Le Pen (18,5 %). Et « promis, juré ! », Nicolas et Marine ont la même passion pour la France mais ne portent pas le même maillot. Pour compléter le quinté, Bayrou (10,5 %) et Mélenchon (8,5 %) les ont toujours en ligne de mire. Néanmoins, les braquets changent, le premier semble sur la descendante et le second sur la montante, les trajectoires pourraient bien se croiser d’ici à l’arrivée. Mais, à moins d’une crevaison générale, ce n’est plus le sprint final qui se joue pour ces deux-là.
Voilà les cinq qui sont devant, loin, très loin devant les autres. Ce sont eux que l’on voit, que l’on entend. Après, il y a l’OPNI (Objet Politique Non Identifié), Eva Joly, et ses 2,5% d’intentions de votes. Raillée et caricaturée car novice, d’origine étrangère, femme et ancienne juge, elle est incontestablement le bouc émissaire de ses petits camarades. Seul Jean-Luc Mélenchon est venu à la rescousse de l’esseulée ces derniers jours. Mélenchon, le chevalier rouge sur son fier attelage du Front de Gauche. Le meilleur de la classe quand il vient au tableau faire la leçon. Ils sont donc six à vraiment l’actualité de cette campagne.
« Chute à l’arrière ! » disait Jean-Paul Ollivier à Patrick Chêne lors des après-midi de juillet consacrées à la « Petite reine ». Une célèbre réplique qui sied parfaitement à d’autres candidats, à commencer par l’extrême gauche qui a réellement vu fondre son « grand capital ». À eux deux, Nathalie Arthaud pour Lutte Ouvrière et Philippe Poutou pour le NPA font à peine 1% des intentions de vote. La comparaison avec Arlette Laguillier et Olivier Besancenot paraît presque indécente. Au centre, on retrouve deux anciens ministres de gouvernements de droite, qui ne font guère mieux dans le classement des zéro virgule : Hervé Morin pour le Nouveau Centre et Corinne Lepage pour Cap 21. Néanmoins, tout espoir n’est pas perdu, puisqu’à l’image d’une Christine Boutin dont le cas était similaire, une issue honorable du côté du président sortant est encore envisageable. Chacun a pu apprécier l’onde de choc que la présidente du Parti Démocrate Chrétien entendait faire exploser dans le jardin de Nicolas Sarkozy. Même Jean Arthuis, de l’Alliance Centriste, avait pris le départ de la course à l’Elysée, avant de se ranger chez François Bayrou. Il en a été de même à gauche pour Jean-Pierre Chevènement, le vilain petit canard de 2002 qui, cette fois-ci, a préféré la fermer.
Mais il en reste encore à droite qui pédalent à l’altitude de la mer : l’ancien premier ministre, qui ne s’est jamais présenté à une élection : Dominique de Villepin ; le gaulliste social et souverainiste, Nicolas Dupont Aignan ; et l’écologiste façon Chasse-Pêche-Nature et Tradition, Frédéric Nihous. Ceux-là devraient pouvoir rentrer dans les délais. Détachons trois autres candidatures : Jacques Cheminade, président de Solidarité et Progrès, qui affirme avoir obtenu ses 500 signatures ; Carl Lang de l’Union de la Droite Nationale (issue de la scission du FN), et Gilles Bourdouleix, député-maire de Cholet, président du Centre National des Indépendants et Paysans.
Le nombre de candidats déclarés à l’élection présidentielle, qui vont se battre pour quelques milliers voire quelques centaines de voix, sans presque aucun espoir d’obtenir les 500 signatures d’élus pour valider leur candidature, est impressionnant. Pourtant, il y a déjà eu écrémage avec deux abandons emblématiques : Gérard Schivardi du Parti des travailleurs et qui avait fait un score de 0,34% en 2007 ; Yves Pietrasanta, président de Génération Écologie (ancien mouvement présidé par Brice Lalonde) qui s’est finalement rallié à François Hollande.
Dommage que dans cette masse anonyme soient noyés parmi les farfelus, quelques personnages et idées intéressantes. Mais ces candidatures, c’est aussi l’espoir unique, une fois tous les cinq ans, d’être vu et entendu. Mais pour tous, la conclusion sera la même : ils feront partie du long cortège des disparus de la campagne.
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