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Ces voeux officiels dont on ne veut plus vraiment…

C’est une sacro-sainte tradition à l’heure où les sapins de Noël deviennent très encombrants, un marronnier pour journalistes, un exercice bien huilé pour maires et conseillers en communication. Les vœux du maire s’enchaînent dans chaque commune. Des vœux ? Pas vraiment, en fait. Plutôt des réunions bilan et programmatique pas très éloignées des rencontres de quartiers. La santé ? On garde ça pour le buffet de fin de soirée.

En politique, la féerie de Noël, son cortège de rêves et de bons sentiments ne dure pas longtemps. Le dur pragmatisme dont savent faire preuve les élus a même dévoyé la notion de « vœux ». Dans la fraîcheur des soirées de janvier, « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Au menu, avant les petits fours : crise, dette, budget, impôts se taillent la part du lion. Et pas besoin d’orchestre pour égayer la cérémonie : sur scène et devant les pupitres, on enchaîne les concertos pour violons et chœur d’autosatisfaction entre élus. Heureusement, le décor reste souvent de circonstance.
Quelles différences entre une cérémonie de vœux du maire et une réunion publique comme les municipalités en organisent régulièrement dans leurs communes ? Peu finalement, si ce n’est la présence du gratin (conseiller(e) général(e), conseiller(e) régional(e), président(e) de l’intercommunalité, député(e), etc.), qui, dans une interminable litanie répète à peu de chose près les mêmes discours d’une ville à l’autre. La patience dont ils font preuve est d’ailleurs tout à fait remarquable.
Distribuons néanmoins quelques bons points. René Leroux, maire et conseiller général de La Turballe est sans doute l’exception qui vient mettre son grain de sel dans cette mécanique ronflante. Il s’adapte, innove, pousse des coups de gueule, s’amuse de certaines situations, fait court et évite les lancinants bilans. Conseiller général du Pouliguen, Christian Canonne sait aussi faire preuve d’inventivité (au premier passage en tout cas). Christophe Priou laisse toujours une place importante aux jeunes (les lycéens inventeurs du « Chewi-cool » cette année) et les élus du Conseil Municipal des Adolescents. À Piriac-sur-Mer, Jean-Louis Delhumeau fait intervenir ses adjoints pour parler de leurs dossiers. À Batz-sur-Mer, Danielle Rival fait preuve de compréhension et tient le chrono pour que la cérémonie ne dépasse pas une heure. L’an passé, Michèle Quellard s’était muée en Roosevelt, annonçant un véritable « New deal » pour Le Croisic. Bref, à bien chercher, on note toujours quelques originalités à droite à gauche, de Saint-Brévin à Piriac.
Bilan de l’année sans une once d’autocritique, annonce des chantiers pour l’année à venir, présentation rapide de la fiscalité locale, le rituel est le même dans toutes les communes. Et puis, vient le tour du conseiller du canton et du président de la communauté de communes… Qui rappellent au bon peuple combien leur collectivité (et leur fonction) est importante et travaille au service du citoyen. Tiens, le ou la conseiller (ère) régional(e) intervient rarement… Tout cela, les gens présents souvent en nombre ont pu l’entendre dans des réunions publiques, l’écouter lors des conseils municipaux, le lire dans les journaux et la presse web, l’observer sur le site internet des villes. Tout cela tient plus de la parade amoureuse rituelle auprès du public que d’une réelle utilité.
Non, les vœux, ce n’est pas une réunion de chantier améliorée. Faire des vœux, c’est entretenir l’espoir, espérer des jours meilleurs, appeler de bonnes choses. Souhaiter n’est pas promettre, espérer n’est pas pronostiquer, rêver n’est pas voter. Faire des vœux, ce n’est pas non plus la recherche du consensus, l’hypocrisie et la négation des différences de points de vue. Parfois, le bonheur des uns fait le malheur des autres, c’est le sel de la vie. Étrange coutume qu’en ces soirées de vœux, ces élus pragmatiques s’évertuent à l’oublier. L’actualité leur rappellera lors des prochains scrutins que pour une élection, il y a forcément un vainqueur et un vaincu.
Alors, messieurs dames les élus, voilà ce que vous auriez pu souhaiter par exemple à vos concitoyens, en quelques minutes et en leur épargnant les longs discours :
En cette belle Presqu’île de Guérande et sur cette magnifique Côte d’Amour, du soleil pour l’été. C’est bon pour la santé, pour jouir de ce merveilleux environnement et c’est excellent pour l’activité économique et touristique.
Espérer qu’aucun navire poubelle ne vienne souiller nos côtes comme récemment à Erdeven.
Souhaiter aux jeunes couples qu’ils gardent suffisamment confiance en l’avenir pour faire des bébés, car le territoire a besoin de nouvelles forces vives.
Et dans la foulée, « prier » pour qu’il n’y ait pas trop de fermetures de classes à la rentrée.
La liste n’est pas exhaustive bien sûr, et les vœux que l’on sert à la même sauce d’une commune à l’autre, peuvent devenir plus singuliers, par exemple :
Au Croisic : que la pêche soit prolifique et que les ventes à la criée soient bonnes, que la ville retrouve un club de football digne de son glorieux passé, que l’Hôtel d’Aiguillon ne s’écroule pas pendant que l’on palabre sur son sort…
À Pornichet : que les parieurs de l’hippodrome fassent fortune, que le casino retrouve son lustre d’antan, que la ville retrouve sa place à Cap Atlantique…
À La Turballe : que le centre de Pen Bron reste sur place, que l’ESM monte enfin en division supérieure, que la saison de l’anchois soit bonne…
À Saint-Nazaire : que les commerces résistent aux travaux, que les chantiers reçoivent de nouvelles commandes, que le SNR ne descende pas…
À Guérande : que la fête médiévale attire encore plus de monde, que les remparts jouent encore leur rôle face à un développement exponentiel, que les élections ne réservent pas de mauvaises surprises…
Au Pouliguen : qu’on n’oublie pas que la plus belle baie du monde, c’est aussi Le Pouliguen, que les élus apprennent à se parler au sein du conseil municipal…
Bref, des vœux, et pas une liste de travaux comme on décrit une liste de courses au supermarché. Car, et enfin, quel est le moment le plus agréable de ces soirées ? Le buffet et le verre de l’amitié. Paradoxal que ce rituel dont on nous dit qu’il est organisé pour rapprocher les citoyens et les élus, ne se réduise dans son véritable objectif qu’à ce moment précis. Oui, autour d’un verre et d’une bouchée, lorsque l’on n’est pas comme d’habitude sur une estrade au-dessus de la mêlée, l’élu est disponible, souhaite la bonne année, parle de ses espoirs et des p’tits bonheurs avec ses administrés. Et de cela, on en veut bien.

Auteur : YD | 10/01/2012 | 3 commentaires
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Vos commentaires

#1 - Le 11 janvier 2012 à 23h02 par Patricia
Excellent article, bravo!
#2 - Le 12 janvier 2012 à 04h16 par Eric Duffay
Comment ne pas être d'accord !
#3 - Le 20 janvier 2012 à 08h23 par REMY, La Turballe
YOANN , Bel article, très professionnel.
On sent le vécu... .
ET pour MEDIA-WEB que pourrait-on souhaiter ?
Santé et prospérité ?... c'est un peu banal.
Mais pour faire rimer on pourrait ajouter
Vérité, Perspicacité, Objectivité, Sincérité, et des articles comme celui ci pourraient faire le buzz... qui sait?

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