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Casque d’or ne fera plus briller le PSG, l’argent non plus

Viré, Antoine Kombouaré. Le Père Noël qatarien, arrivé cet été avec plein de jolis joujoux dans sa hotte, dévoile aujourd’hui son visage de Père Fouettard. Embauché, David Beckham. L’ancienne gloire du football anglais, venu se vendre à prix d’or Porte d’Auteuil, remet au goût du jour une vieille spécialité parisienne : l’emploi fictif. Plus vraiment un footballeur, plus sûrement un homme-sandwich. Bien loin de la fameuse incertitude du sport, le PSG joue désormais sur un terrain qui ne connaît aucune règle : l’ultra libéralisme appliqué au rectangle vert.

Michel Platini doit en avoir des sueurs froides, le football français perd la tête, et ce n’est pas qu’une simple image collée sur un album Panini. En six mois, le Paris Saint-Germain « new look » aura creusé plus qu’un fossé avec ses concurrents de l’Hexagone, un véritable gouffre. Jean-Michel Aulas, le président de l’Olympique Lyonnais doit en rire jaune, lui le grand méchant capitaliste sans foi ni loi, qui suscitait l’ironie et la jalousie. Lui qui a récolté enfin les dividendes de trente années d’investissements. Lui, parti de la Ligue 2, à l’ombre des légendaires Verts, avec les besogneux avant les talentueux. Un enfant de cœur, finalement.
Depuis six mois, le club de la capitale fait les gros titres de la presse, sportive bien sûr, mais aussi généraliste et économique, people et politique. Bonne selon les uns, mauvaise selon les autres, l’arrivée des Qataris à la tête du P.S.G, a une conséquence que l’on peut déjà mesurer : elle modifie considérablement le visage du football français. Et quand elle s’associe à la cession des droits de retransmissions télé de la Ligue 1 et de la Ligue des Champions à Al Jazeera, le sentiment de se faire déposséder de ses bijoux de famille n’est pas exclu. Brutales toutes ses actus autour du P.S.G.
Le football français, fier de sa formation, de son titre de champion du monde, de sa Direction Nationale de Contrôle et de Gestion, découvre le football business où « cordon de la bourse » et « crédit illimité » ne sont pas de vaines expressions. Les clubs français, incapables de rivaliser sur la scène européenne, impuissants face au pillage de leurs meilleurs joueurs et jeunes espoirs, dont les droits TV sont presque ’invendables à l’étranger, découvrent l’ambition poussée à son paroxysme. Les clubs, les joueurs, les dirigeants, les observateurs, les journalistes, les supporters, la population, tous sont interpellés, choqués, fascinés, indignés. Bienvenus dans un monde qui ne connaît pas la crise. Bienvenue dans un monde où l’homme devient vraiment… Une marchandise.

La fin justifie les moyens

Les Qataris ne sont pas de vieux amoureux du football, nourris aux exploits de Pelé et d’Éric Cantona, qui par timidité et humilité seraient restés à l’écart de la planète football toutes ces années. Non, les gens venus de cette dictature (il est toujours bon de le souligner) de la Péninsule arabique, pétro dollars plein les poches, sont de véritables poussins question ballon rond. Ils ont choisi d’investir dans le football, ils auraient pu le faire dans l’art contemporain. Mais ils le font massivement et selon une logique économique implacable. Ils ont d’abord créé leurs propres clubs de football, attiré des préretraités avec quelques bons restes à coup de millions, postulé et obtenu la Coupe du Monde 2022, acheté des clubs tels que Manchester City et le P.S.G. C’est une politique globale et stratégique.
Pour ces derniers, l’objectif est clair : gagner quel qu’en soit le prix, surtout sur la scène européenne, devant le plus grands nombre de caméras. Pourquoi ? D’abord pour vendre. Vendre des places au stade toujours plus chères, vendre des maillots, des écharpes et autres bibelots, vendre des droits télé, vendre des billets d’avions pour le Qatar. Ensuite, pour gagner en crédibilité sur les marchés, acheter des droits de diffusion, devenir incontournables dans les partenariats sportifs. Après… Tout reste ouvert à condition de faire de l’argent car les coupes et les breloques ne suffiront certainement pas. L’argent n’a pas d’odeur et se fout bien de l’honneur. Une telle puissance que les Qataris ont même racheté une partie d’A.S.O, la société organisatrice du Tour de France. Et l’hypothèse d’un départ de la Grande Boucle du Qatar dans les prochaines années n’est plus du tout un fantasme.
Heureusement, la culture foot ne s’achète pas, les titres non plus (plus maintenant en tout cas). C’est là où le système qatarien ne tourne plus très rond. C’est la petite taupe sur la pelouse. C’est là aussi que l’on constate que rien ne les arrêtera. Antoine Kombouaré n’est finalement qu’une victime collatérale. Manchester City évincé de la Champion’s League, Paris Saint-Germain éjecté de l’Europa League, il faut gagner des matches pour remporter la victoire. En football en tout cas, on n’établit pas encore le palmarès selon l’importance du budget. La patience, cette qualité indispensable en sport, c’est peut-être elle, plus que les meilleurs clubs, qui viendra à bout des Qataris.

Le Kanak n’est pas glamour

Aux naïfs qui pensaient encore qu’il suffisait de gagner pour survivre aux vents du désert, les derniers événements ôtent tout espoir. Amour, Gloire et Beauté, presse people et publicité pour grandes marques, sont tout autant essentiels. Pas vraiment le portrait d’Antoine Kombouaré, Kanak au fort caractère, sérieux, parfois renfrogné, travailleur, et surtout pas une gueule pour pauser dans Gala. Et là, question culture foot, on regrettera que ce soit Léonardo, un ancien du Parc des Princes, qui a joué les fossoyeurs pour signifier à « Casque d’or », celui qui a vécu les plus belles heures du P.S.G, celui qui a marqué « Le » but contre le Réal Madrid, qu’il devait faire ses valises. Le tout avec ce sourire, l’air de dire : « On t’a quand même laissé conduire la Ferrari pendant six mois ».
Pourtant, l’entraîneur qui avait ses preuves à Valenciennes, redonné ses lettres de noblesse au P.S.G la saison dernière, est sacré « champion d’automne ». Un titre honorifique certes, mais en France, c’est lui le meilleur pour le moment. Voilà bien un lendemain de fête qui déchante. Une première en France, du jamais vu à un tel niveau. De quoi remettre en cause toute logique sociale et économique. Car, dans une autre réalité que celle du P.S.G, c'est-à-dire dans la vie, en France, en décembre 2012, on imagine mal une entreprise licencier un de ses cadres dans de telles conditions. Comment justifier pareille décision ? Mauvais résultat ? Non. Incompatibilité d’humeur ? Apparemment pas. Maladie ? Non. Problèmes relationnels avec ses collègues ou le personnel ? Non. Attitude incorrecte avec la clientèle (les supporters) ? Non. « On a trouvé mieux » nous dira-t-on. Et ce sera probablement Carlos Ancelotti, un grand entraîneur italien. Visiblement, les Qataris n’ont pas la même vision que Nicolas Sarkozy quand il déclare qu’il faut acheter et produire français quand le résultat est de qualité.

David Beckham l’est…

Même si comme le pense l’économiste du sport, Pascal Péri, l’arrivée du joueur anglais de 37 ans est un bon coup économique, le cas de David Beckham est stupéfiant. Le P.S.G contre la modique somme de 800 000 euros brut de salaire par mois, près de 17 millions d’intéressement sur le merchandising, et de multiples avantages en nature, s’est alloué pour 18 mois les services d’un footballeur dont personne aujourd’hui ne peut dire quel est son niveau de jeu ! Et les dirigeants d’expliquer que plus qu’un footballeur, ils ont acheté une marque ! David Beckham, contrairement à Antoine Kambouaré, n’a pas d’objectif sportif au P.S.G. On ne lui a pas fixé de marquer des buts, tout au plus de jouer quelques matches. Non, le contrat de David Beckham c’est de vendre 200 000 maillots à son nom en 60 jours ! Faire venir les caméras, faire connaître le P.S.G à l’extérieur, faire des photos, sont ses missions annexes. Pascal Péri estime qu’en trois mois, le club aura rentabilisé le produit Beckham.
Les chiffres font tourner la tête et l’on nous promet que ce n’est pas fini. Déjà, la saga Beckham à Paris, ville du luxe, et le déferlement médiatique ne font que commencer. Qui du résultat entre le match P.S.G – Dijon, et la sortie de David et Victoria au Moulin Rouge fera la Une ? Pas certain que l’on parle beaucoup ballon rond ces six prochains mois en évoquant le P.S.G.
Les chiffres font mal au ventre, et là, c’est sûr, ce n’est pas fini. Interrogé ce jeudi matin sur RMC, l’adjoint aux sports de la mairie de Paris avait bien du mal à justifier les subventions publiques (environ 2,5 millions d’euros cette année) versées au Paris Saint-Germain. Au comble du ridicule, il indique qu’une réflexion est en cours pour abaisser l’aumône à 750 000 euros la saison prochaine, « pour le foot féminin et renforcer les liens avec les autres clubs de la capitale ». Même pas un mois du salaire de Beckham, pas certain que les Qataris s’en aperçoivent. Pendant ce temps-là, on serre encore un peu plus la vis aux crève-la-dalle pour qui ce seront soupe à la grimace et cadeaux d’occasion pour Noël.
Le monde du foot, dans sa grande majorité, s’indigne à l’image du Syndicat des entraîneurs, de Christophe Dugary et bien d’autres. Mais terminons sur ces propos de Luis Fernandez, un ancien entraîneur et joueur emblématique du P.S.G : « C’est leur argent aux Qataris, ils font ce qu’ils veulent avec ».  C’est vrai Luis. Mais sans xénophobie aucune, ici c’est la France, ici c’est Paris ! Et fort heureusement pour nos libertés, ce n’est pas le Qatar. Des libertés, la fraternité, l’égalité, des droits, des devoirs, des lois, une longue histoire. En faisant du P.S.G, un OSNI (Objet Sportif Non Identifié) sans foi  ni loi, en répétant les outrances, en ne faisant pas preuve de plus de sagesse, les Qataris pourraient bien se heurter à une autre spécialité culturelle française : la révolution. À commencer par les supporters du club parisien.

Auteur : Yoann Daniel | 23/12/2011 | 1 commentaire
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Vos commentaires

#1 - Le 23 décembre 2011 à 09h53 par Boomerang
Exception culturelle ; il avait dit Platini.
Les lois d'exception s'accomodent avec la culture ?
Y-a-t-il une culture ? il semble que oui.
Une loi ? celle de l'argent ça semble avéré.
Mais pourquoi tant de bruit ? Parce qu'il a plus d'argent cette fois ? Dans un monde où déjà on ne sait plus compter ?
Parce qu'on vire un mec qui a bien fait son boulot, juste parce que les patrons veulent le remplacer ?
Vu de l'extérieur du monde du foot, c'est juste un peu (beaucoup) d'argent de plus, cette fois.
Mais qui justifie cela ? Ben ... ceux qui regardent, ceux qui achètent les écharpes.Et si c'était aussi ceux qui en parlent autant ?
Allez petits loups, mettez vos crampons, le foot "ça socialise les enfants, ça leur apprend les valeurs, etc..."
Surement.
Au fait le dixième de tous ces sous ça mettrait combien de sans-abri en sécurité, et en repas les restos du coeur ils feraient quoi cet hiver ?
Et ils en diraient quoi les supporters du PSG transformés ainsi en supporter du club riche et "social" ?
Des voeux, des voeux...

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