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Carlos devant la Cour d'Assises spéciale

Carlos, l’ex star du terrorisme international, est de retour à la cour d'assises spéciale de Paris mais il n’y fait plus recette.
afp.com/Jack Guez
afp.com/Jack Guez

La soixantaine moustachue, grisonnante et bedonnante, vêtu d’une veste de jean bleu et d’une chemise à carreaux, une montre clinquante au poignet, l’accusé qui comparaît à la Cour d’assises spéciale de Paris ressemble à un marchand de frites de la Fête à Neuneu. Un « beauf » de Cabu auquel il ne manquerait que la casquette Ricard et la couette en catogan. Il s’appelle Illich Ramirez Sanchez et était, en 1973, sous la houlette de son patron, Wadih Haddad, un des membres du Front Populaire de Libération de la Palestine chargé des « opérations extérieures ». Son nom de scène ? Carlos.

Un bilan édifiant

Les attentats de décembre 1973 et de janvier 1974 à Londres, c’est lui ; ceux de Paris la même année contre les journaux L’Aurore, Minute et L’Arche (à la voiture piégée) et celui du drugstore Saint-Germain (à la grenade), c’est probablement lui mais l’instruction est en cours ; ceux de 1975 à l’aéroport d’Orly contre un avion de la compagnie israélienne El Al (au lance-roquettes) idem ; le meurtre à Paris de deux agents de la DST, c’est encore lui ; la séquestration (avec prise d’otages) de onze ministres de l’OPEP à Vienne, c’est toujours lui. Recherché par toutes les polices occidentales mais protégé par la plupart de celles des pays de l’Est et du Moyen-Orient, il voyage beaucoup et mène la grande vie jusqu’à ce que ses collègues palestiniens l’accusent de ne pas assez exécuter d’otages et de taper dans la caisse pour ses menus plaisirs. Il se fâche, quitte le Liban et réapparaît pour faire libérer des camarades européens (dont sa maîtresse Magdalena Kopp) pris à Paris la main dans un sac d’explosifs. Et ça recommence. Nouveaux attentats en France en 1982 et 83 : le Capitole Paris-Toulouse (5 morts, 77 blessés), le rue Marbeuf à Paris (1 mort, 63 blessés), le TGV près de Tain L’Hermitage et à la gare Saint-Charles à Marseille (5 morts et 50 blessés). À la suite de quoi il va prendre des vacances à Damas avant d’échouer au Soudan d’où il sera exfiltré manu militari par les services secrets français en 1994.
 

Le « héros révolutionnaire » de Chavez

Condamné « à perpète » en 1997 et pour presque autant en 2011, Carlos reparaît donc en appel. Escorté par des gendarmes en noir, il entre dans sa cage vitrée, jette un regard à droite et à gauche et s’assied en face d’un des micros mis à sa disposition. Tout autour, la Cour, une vingtaine de toges augustes, derrière laquelle trône un mur de dossiers. À ses pieds, la défense, ou ce qu’il en reste : une jeune avocate aux yeux rougis et au pas traînant, commise d’office. Les Vergès, les Vuillemin et autres stars du barreau ont été récusés. Lâché par ses amis de Damas, de Bagdad, de Tripoli, de Beyrouth et par le Vénézuela d’Hugo Chavez qui ne veut plus payer pour sa défense, le « héros révolutionnaire », n’a plus le sou. Seul l’humoriste Dieudonné le soutient encore... À peine la séance ouverte, Carlos refuse de répondre aux questions gênantes, change de sujet, noie le poisson, puis se lève brusquement, proteste, éructe, menace, interpelle ses juges dans un sabir incompréhensible. Interruptions de séances, reprises. Son avocate ne parvient pas à le calmer. Elle évoque « le mépris » dont son client serait victime, accuse un policier qui a mené l’enquête aux côtés du juge Jean-Louis Bruguière, d’avoir obéi aveuglément à des ordres de soumission en évoquant la théorie des « baïonnettes intelligentes » de mauvaise réputation durant la Seconde Guerre mondiale. Protestations générales, nouvelle interruption. Elle présentera ses excuses à la Cour ainsi qu’au capitaine Riou.

La dame du Grand Véfour

Dans le public clairsemé, une dame âgée veille, assise à côté de ses béquilles, sur les bancs de bois aussi confortables que ceux des églises. Elle a le regard calme des gens qui ont tout vu et tout subi. Elle s’appelle Françoise Rudetzki. Une bonne partie de sa famille a péri dans les camps de concentration. Le 23 décembre 1983, elle fêtait avec son mari ses dix ans de bonheur retrouvé au restaurant Le Grand Véfour à Paris. Une bombe lui a broyé les jambes. Opérée à de multiples reprises, elle a attrapé le sida lors des transfusions sanguines. Depuis, elle se soigne et milite inlassablement pour la défense des victimes de tous les terrorismes que Carlos qualifiait il y a peu de « victimes collatérales ». Les victimes ? Carlos s’en moque comme de sa première bombe. À Paris, on lui reproche une vingtaine de morts et deux cents blessés ? Il en revendique 1 500 ou 2 000 durant sa longue carrière...

Carlos a raté sa vocation. Il se rêvait Che Guevara et il finit dans la peau d’un général Tapioca ou Alcazar tout droit sorti des albums de Tintin. Il a pris ses désirs pour des réalités et, faute de changer l’ordre du monde, il a voulu en être le centre, comme au spectacle. Un enfant roi pervers et sanglant, incapable de la moindre autocritique qui a choisi de faire carrière dans le terrorisme comme d’autres le font dans le cinéma. Prisonnier de son image, indifférent au monde mais sensible au public, nourri, logé et blanchi par les contribuables français, cet intermittent du cirque révolutionnaire a trouvé le moyen de bénéficier d’un régime de retraite privilégié. Mais comme il n’a plus que cela à faire et qu’il s’ennuie, les représentations vont probablement se poursuivre du côté de La Haye…


 

Auteur : C.M. | 21/06/2013 | 0 commentaire
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