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Angoisse dans les ruchers

Dossier et témoignage d’Alain Rey, apiculteur à Pompas (44) et vice-président de la Fédération des Apiculteurs de Bretagne et des Pays de la Loire.

LE DOSSIER

Alain Rey
Alain Rey

Après l’annonce faite par le Ministre de l’Agriculture d’étendre l’autorisation de l’insecticide le Cruiser au colza le 16 juin dernier, les apiculteurs se mobilisent.
Pour le grand public non averti, cette décision peut paraître banale, pour le monde de l’apiculture, cela frise l’indécence. En effet, le Conseil d’Etat a déjà annulé des autorisations délivrées pour le maïs en 2008 et 2009 pour « un produit aux effets dévastateurs pour les colonies d’abeilles » selon l’UNAF.
Dénoncée par l’Union Nationale de l’Apiculture Française, cette décision d’autoriser le Cruiser OSR pour traiter les semences de colza montre « le manque de respect de la législation ».
Le Cruiser contient un insecticide : le thiaméthoxam et deux fongicides. Cet insecticide serait à l’origine de cas avérés d’intoxications d’abeilles et est « gravissime pour l’avenir du cheptel apicole français » déclarait olivier Belval, président de l’UNAF poursuivant : « c’est un nouveau coup porté à nos abeilles, nous constatons avec dégoût le désintérêt du Ministère pour notre cause ».
Les condamnations par la profession sont unanimes, de nombreuses pétitions circulent sur Internet, relayées par des élus locaux, des responsables politiques, et aussi par la Région des Pays de la Loire avec son Conseiller Régional Dominique Tremblay qui s’insurge dans un communiqué : «La décision d’étendre aux semences de colza l’utilisation du Cruiser est une atteinte à l’abeille, et à travers elle aux personnes qui vivent dignement de son exploitation. C’est également une atteinte à la biodiversité et à l’environnement. Le gouvernement cède encore une fois aux lobbies des multinationales malgré des décisions antérieures du Conseil d’Etat. Nous dénonçons cette décision avec la plus grande vigueur. Les apiculteurs peuvent compter sur le soutien de la Région ».
Dans un communiqué, le ministre Michel Barnier rappelait les conditions d’utilisation du Cruiser :
« La préparation Cruiser qui est déjà mise en marché en Allemagne contient une substance active autorisée au niveau communautaire, le thiametoxam. Sur la base d’une analyse scientifique approfondie, notamment des effets sur les abeilles, l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) a donné un avis favorable. Sur la base de cet avis, la préparation Cruiser a été autorisée sous conditions de précautions ; par ailleurs, le ministère a imposé la mise en place d’un comité de surveillance des ruchers sur trois régions.
L’autorisation du Cruiser permettra aux agriculteurs d’utiliser des préparations dont l’évaluation a été effectuée conformément aux procédures communautaires et nationales, Mais, en cas d’incident, l’autorisation pourrait faire l’objet d’une suspension 
».

Or, explique-t-on dans Futura-sciences :
« Le Cruiser a d'abord été autorisé en Allemagne où sa dangerosité a été évaluée, et jugée très faible. C'est le rapport issu des études allemandes qui a servi à l’AFSSA pour donner son avis, dans le cadre « d'une procédure de reconnaissance mutuelle », grâce à laquelle un produit approuvé par un pays de l'Union européenne peut l'être dans les autres Etats membres sans l'obligation de tests supplémentaires ».

L’abeille, maillon indispensable

La disparition des populations d’abeilles domestiques constatée par de nombreux experts et professionnels inquiète, puisque cet insecte est indispensable à la survie de milliers d’espèces de plantes à fleurs cultivées et sauvages. Les abeilles ne fabriquent pas que du miel, elles sont à l’origine de 90% de la pollinisation de ce que nous cultivons, leurs absences menaceraient la chaîne alimentaire.
Les causes de la disparition du peuple des abeilles sont multiples, les pesticides et insecticides, mais aussi les pollutions de l’eau, l’absence de biodiversité florale ou les parasites et les prédateurs comme le frelon asiatique apparut en 2004 ; une combinaison fatale.
La France vient donc d’autoriser pour un an la commercialisation du Cruiser pour le traitement du colza, pays pourtant précurseur des interdictions de ce genre de produits les années passées avec l’éviction du Gaucho et du Régent (devant la mobilisation générale).
Témoignage d’Alain Rey, vice-président de la Fédération des Apiculteurs de Bretagne et des Pays de la Loire
L’apiculteur installé à Pompas entre Guérande et Herbignac n’est pas content et entend avec sa fédération (7 000 adhérents) le faire savoir et de demander par courrier la position des députés de la Région sur cette décision de passer outre un avis du Conseil d’Etat pour permettre la commercialisation de ce produit.
L’autre aspect tient dans la dangerosité du cruiser. « Parmi les mises en garde du fabricant (Syngenta), on conseille de ne pas planter ensuite pendant deux années des essences mellifères ».
Alain Rey poursuit : « le Cruiser sur du colza, c’est à se demander si le ministre n’a pas programmé la disparition des abeilles ».
La colère monte dans le milieu de l’apiculture. « L’effet ne sera pas immédiat, le colza sera planté à l’automne et récolté au printemps 2012. Les insectes butineurs aiment bien cette plante et l’on estime la perte du cheptel dans une fourchette comprise entre 30 à 60 % ».
Sur les études scientifiques, même son de cloche : « Chacun y va de son bureau d’étude de l’abeille, nous, sur le terrain, on voit ce que se passe ; évidemment, c’est moins visible qu’un agriculteur qui perdrait d’un coup 30 de ses 100 vaches, mais, à notre échelle, le résultat est édifiant, une ruche morte, représente entre 40 000 et 80 000 individus ».
En attendant des actions plus médiatiques, les apiculteurs tentent d’alerter les politiques sur le dossier et semblent écouter.
 

Auteur : JRC | 23/06/2011 | 0 commentaire
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