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À Angers on fait mentir Voltaire

Près d'Angers se développe et s'exporte, l'idée du jardin tropical amélioré, une solution durable pour lutter contre la malnutrition.
Photo : Voix d'Afrique n0 92
Photo : Voix d'Afrique n0 92

Voltaire disait : « On a trouvé, en bonne politique, le moyen de faire mourir de faim ceux qui, en cultivant la terre, font vivre les autres. ». Mais à Saint-Sylvain d'Anjou, à quelques kilomètres d'Angers, dans un bâtiment de bois qu’aurait pu dessiner l’architecte Jean Prouvé, une poignée de femmes et d’hommes décidés pourraient bien faire mentir l'écrivain. En effet il cultivent dans la ferveur scientifique et pragmatique un « jardin extraordinaire » capable d’apporter des solutions durables à la malnutrition dans les pays en voie de développement, mais aussi une part de croissance à nos pays dits « développés.
 

Du mouron à se faire

La « révolution verte » qui a permis, grâce à la mécanisation, mais aussi à la chimie et à la biologie, de nourrir six milliards de personnes au XXe siècle, a fait son temps. Edgar Pisani, le fondateur de la PAC (politique agricole commune), l’a lui-même constaté : il s’agit moins aujourd’hui de consolider le système que de trouver des moyens innovants pour en nourrir neuf ou dix à l’horizon 2050, c’est-à-dire demain. Si l’Europe, compte tenu de sa faible démographie, parviendra à s’en sortir, il n’en va pas de même pour l’Afrique qui devra multiplier par cinq sa production si elle veut continuer de nourrir ses enfants. Comme l’a souligné Bruno Parmentier, l’homme a donc fait le simple : produire beaucoup avec beaucoup. Maintenant, il va lui falloir produire davantage avec moins : moins d’eau, moins de terres et moins de chimie tout en respectant mieux l’environnement. Si l’on ajoute à cela le réchauffement climatique et une organisation mondiale du commerce (OMC) qui a une fâcheuse tendance à favoriser les multinationales agroalimentaires occidentales au détriment des agricultures du tiers-monde, la planète a du mouron à se faire.
 

Un visionnaire pessimiste mais actif

Pour Jean-Marie Cordier, fils d’agriculteurs, ancien élève de l’école d’horticulture d’Angers et chercheur de l’INRA spécialisé dans les semences tropicales, rien ne sert de faire compliqué quand on peut faire simple. Durant des années, il a arpenté le terrain du monde, étudié les jardins familiaux traditionnels, observé les outils et les méthodes, le vocabulaire des gestes et celui des choses, avant de se mettre au travail. Il a sélectionné ensuite une gamme de graines rentables et performantes, imaginé un potager idéal dans lequel on pourrait les cultiver en économisant l’eau (grâce à un goutte à goutte), en décompactant le sol, en enracinant plus profondément les plants (tranchées et bâches) et en protégeant leur croissance contre les parasites (grâce à un voile). Les premiers tests effectués à Niamey le 12 mars 2009 furent concluants : une bande de terrain de 15 m2 aménagée et ensemencée a produit au 30 juin 148 kg de concombres made in Angers, soit un rendement de 10 kg au m2 ou de 100 tonnes à l’hectare, et ce, en pleine saison sèche ! Le principe du JTA (jardin tropical amélioré) était validé : moins de surface à cultiver, trois fois moins de travail d’entretien, une économie d’eau des deux tiers, un rendement deux fois supérieur et un revenu assuré toute l’année grâce à la multiplication des récoltes (cinq à sept par an) ; les cultures vivrières – c’est-à-dire l’autoproduction pour l’autoconsommation –  ont un bel avenir à condition d’y réfléchir avec du bon sens, de procéder par ordre et de ne pas compter ses heures. Pour être intelligent, il suffisait d’y penser.
 

Le salut en kit

Restait à en financer la fabrication, la promotion et la vente ce qui fut réalisé avec l’aide de Gabriel Mergui, le soutien d’Edgar Pisani et l’appui d’un banquier célèbre du social business. Aujourd’hui, sous la houlette de son jeune directeur général, Laurent Colas, les « super-potagers » de 60 m² sont vendus « en kit » par la société JTS, une entreprise « humanitaire, industrielle et commerciale ». Ils comprennent tous les éléments nécessaires à sa réalisation : planches de culture, bâches, voiles, plantoir arrosoir, cordeau, pelle et fourche sans oublier le goutte-à-goutte, un mode d’emploi et une offre de formation. Un peu partout en Afrique, au Niger, au Togo, au Bénin ou au Sénégal et bientôt en Asie, ces potagers se multiplient au point que l’on commence à envisager de vendre la production excédentaire pour en créer de nouveaux. Muhammad Yunus, l’inventeur du microcrédit et Prix Nobel de la paix en 2006, n’avait-il pas prophétisé que la solidarité serait la source des profits à venir ?

La « rédemption » se fera donc par une nouvelle conception de l’économie et non par la charité mal ordonnée ou les usines à gaz des organismes internationaux.  « La nature n’est pas un spectacle mais une vie à partager » disait Rainer Maria Rilke. Il avait bien raison. On devrait écouter davantage les poètes que les technocrates et tout oublier (ou presque) ce que l’on a appris pour enfin retrouver la simplicité et la créativité qui constituent notre vrai patrimoine. En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées et de l’huile de coude, et tout particulièrement du côté d’Angers.


Plus d'info http://colibantan.asso.fr/AVED_Colibantan/Le_maraichage_files/2010BOOKJTS-1.pdf


 

02/06/2013 | 2 commentaires
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Vos commentaires

#1 - Le 06 juin 2013 à 11h22 par hamon, Prefailles
je trouve cet article fort intéressant, ce qui nous amène à se poser de vrais questions;
continuer à nous donner des informations de ce genre
#2 - Le 06 juin 2013 à 11h39 par Crolet, Prefailles
Très intéressant. On se demande comment on n'en a pas entendu parler avant. Cela semble incroyable, tellement les solutions présentées sont simples, propres, durables et efficaces.

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